Accident Vasculaire Cérébral | Acouphènes
Des textes pour pas grand chose

Des mots pour elle : 4 ans

Des mots pour elle : 4 ans Quatre ans. Quatre ans déjà. Quatre ans que je suis parti. Quatre ans que je me suis enfui. Tout ça me paraît si loin maintenant, mais pourtant si proche encore.

Je ne suis pas revenu pour rester, je ne suis pas revenu pour m'excuser. Je ne suis même pas revenu pour la voir. Je ne fais que passer, je ne fais juste que passer. Je ne suis là que parce que ma vie l'a décidée, parce que j'y ai été obligé. Déjà, il m'a fallu longtemps pour me décider, il m'a fallu longtemps pour accepter ; Alors, une fois que tout sera terminé, je repartirai.
Je suis arrivé hier soir, par le train, on est venu me chercher. On m'a accueilli, on m'a emmené. Dîner au resto, bla-bla interminable, pas moyen d'y échapper. Puis on m'a tout de même libéré. J'ai marché longuement alors, parcourant ces rues que je ne cessais d'arpenter autrefois, retrouvant tous ces souvenirs, le passé, le passé dans cette ville, le passé perturbé. Rien n'avait changé. Rien n'avait changé, ou presque ; Juste quelques différences.
Tout était pareil ; J'étais quatre ans en arrière.

Je me suis trouvé un bar un peu retiré, encore ouvert à cette heure avancée, où je ne risquais pas de rencontrer qui que ce soit ; Pas envie de voir qui que ce soit, j'avais rien à raconter, j'avais pas envie de parler. Y'avait très peu de monde dans l'ambiance feutrée. J'ai reconnu toutefois deux visages qui me disaient vaguement quelque chose, mais à eux le mien ne dit rien ; C'était tant mieux.
Je me suis saoulé jusque tard, comme autrefois, avalant lentement verre après verre, la tête ailleurs, jusqu'à me sentir fatigué et ne plus avoir envie de penser. Puis je suis rentré à l'hôtel et je me suis affalé sur mon lit. Je me suis endormi tout de suite, tout habillé.

*

* *

Le matin.
Je me suis réveillé très tôt, après un court sommeil très agité. Les délires de mes rêves durant la nuit flottaient encore au fond de mon esprit, me laissant un goût amer, me laissant perplexe, me plongeant dans une tristesse incommensurable. Et j'en ai eu mare d'espérer me rendormir, sachant très bien que ça ne reviendrait pas. Alors je me suis douché tout de suite, puis j'ai tourné en rond en terminant mon paquet de cigarettes. J'avais faim, mais j'avais pas envie de descendre manger. J'avais surtout le passé dans la tête, et j'arrivais pas à le repousser. Mon boulot m'avait amené là, faisant resurgir toute une partie de ma vie que je n'avais jamais réussi à oublier. J'avais l'impression que… que ma présence ici… je l'avais calculée, inconsciemment, depuis longtemps. Ce n'était pas un hasard. Ouais, ce n'était pas un hasard.

Alors j'ai décidé de faire ce que de toute façon j'avais envie de faire, l'évidence même, je voulais savoir comment elle allait. Je voulais juste savoir seulement ça. Je voulais savoir comment elle avait pris mon départ, comment elle l'avait surmonté, si toutefois elle avait eu à le surmonter. Je voulais savoir où elle en était désormais.

J'ai appris un jour par hasard qu'elle travaillait. C'était tant mieux, je pourrai rendre visite à sa mère sans avoir à la rencontrer. Comme ça, je saurai, je saurai sans trop me faire de mal et je pourrai m'en aller, repartir là où je m'étais exilé.
Je suis passé prendre un café et bouffer un croissant dans un petit bar avant d'aller chez elle. Je me demandais si elle habitait toujours chez sa mère. J'y croyais pas trop.
Je suis arrivé devant la porte vers 10 heures, cette porte que j'avais tant de fois franchie sa main dans la mienne, et j'ai longuement hésité. J'ai fumé deux ou trois cloppes, histoire de me calmer, puis j'ai sonné. Carillon imperturbable, toujours le même.

Deux secondes et la porte s'est ouverte sur sa mère ; Pas changée sa mère, et mêmes yeux, même regard que sa fille, si puissant, si… troublant.
Elle m'a fait de grands yeux, la surprise sûrement. Elle a pas su quoi dire, peut-être à hésiter entre la colère et… et je ne sais quoi. Je savais qu'elle m'appréciait autrefois. Elle a fini tout de même par me sourire, par se déclarer heureuse de me revoir, et par me laisser la suivre dans le salon où elle m'a offert le café. Je me suis dit que, devant le fait accompli, déjà réfléchi, écrasé par la surprise de ma présence, elle a préféré choisir de rester au mieux civilisée.

- Je passais dans le coin par hasard, j'ai lancé en m'asseyant sur mon fauteuil habituel, alors je suis venu prendre de vos nouvelles.
- Ça va ! elle a juste répondu.
Je ne voulais pas lui poser de questions directes sur sa fille, mais j'étais certain qu'elle m'en parlerait.
- Je suis juste là jusqu'à demain ! j'ai dit.
Je ne voulais pas qu'elle croit que… je revenais et que… Je ne voulais pas qu'elle s'imagine que… enfin que je revenais et que je voulais tout recommencer.
- J'ai un ou deux trucs à faire et… psssst ! j'ai fait signe de partir.
- Ah ! elle a juste soufflé.

Silence. Je n'osais pas la regarder. Elle, elle me fixait. Je me sentais gêné, horriblement gêné, j'aurais jamais dû un jour pousser jusqu'à l'idée de repasser.
Silence.

- Elle va bien ! elle a commencé.
Elle a détendu l'atmosphère juste de ces trois mots.
- Ah !
- Son travail, tout ça… Ça va !
- Je suis content pour elle ! Je…
J'ai haussé les épaules.
- Elle a un appartement maintenant, dans le centre. Ça va !
- Ah ? Je…
J'ai encore haussé les épaules.
- Et toi ? Ça va ?
Elle me tutoyait, toujours !
- Ouais ! Ça va… Le travail… je suis toujours très occupé, je bouge beaucoup ces temps-ci.
- Ah ?
- Ouais, le boulot… et puis je repars !
- Ah ! elle a dit, avec quelque chose comme un semblant de déception au fond de la voix.
- Ouais !

Silence.

- Marié ? elle a essayé.
- Marié ?
J'ai ri doucement en montrant ma main, les doigts écartés, sans alliance. Moi, marié ?
- Naaaaan ! Ça risque pas d'arriver. Et puis j'ai trop de boulot…
Et elle, et sa fille ?
- Et… mariée ?
- Hein ? Non, non !
Je me suis senti bizarrement soulagé. J'ai pas trop compris aussi pourquoi sa réponse soudaine, et sa façon curieuse de la souligner.
- Non… mais… elle a ajouté en balançant sa tête de droite à gauche.
J'ai tout de suite imaginé. Elle avait quelqu'un. Je me suis senti tout à coup immensément déçu, mais je me suis dit que c'était sans doute mieux ainsi. Rien ne me retiendrait…
- Elle a de la chance ! j'ai déclaré en essayant d'être convaincant.
Elle m'a lancé un drôle de sourire, et plus trop sûr de ce qu'il fallait comprendre, j'ai plus trop su quoi dire.

Elle m'a tout à coup demandé de l'excuser, puis elle s'est absentée quelques minutes quelque part dans la maison. Je me suis emparé du cendrier là où je savais le trouver, dans un coin, près du bar, au fond de la pièce, puis je me suis enfoncé dans mon fauteuil, dans le fauteuil, une cigarette à la main, tout à réfléchir, incapable de réfléchir, seulement son image dans la tête, puis une profonde tristesse. Ouais, elle avait sans doute quelqu'un, elle était sûrement très heureuse.

*

* *

Sa mère est revenue, et là… là j'ai été sidéré. Elle tenait par la main un bébé, une toute petite chose aux cheveux bruns et aux yeux bleus, une petite chose toute souriante qui marchait de tous petits pas et qu'elle a prise sur ses genoux en retrouvant le canapé.
J'ai compris tout de suite ! L'enfant, l'être, de sa fille évidemment ! Sa fille avait un enfant et… Elle avait un enfant !
- Il s'appelle Michaël ! elle a dit en lui caressant les cheveux.
- Ah ?
J'ai cherché rapidement quelque chose à ajouter pour ne pas qu'elle perçoive mon trouble.
- Il est mignon ! j'ai juste déclaré.
Rien trouvé d'autre. Je me suis senti soulagé de ne pas avoir eu la mauvaise idée de lui demander son âge, le truc qu'on demande d'habitude, que j'aurai demandé normalement, et je l'ai été encore plus parce que jamais elle n'a songé me le donner. J'aurais immédiatement calculé quand sa fille l'aurait eu, quand elle aurait pu le concevoir, et j'avais pas envie de le savoir, j'avais pas envie de savoir quand elle avait définitivement décidé de me remplacer en… en… et d'avoir un bébé.
J'ai tout de même imaginé qu'il avait deux ou trois ans. J'ai jamais été très doué pour deviner l'âge des gens, et encore moins celui des enfants, mais elle avait pas dû trop attendre. Et avant que je puisse tergiverser intérieurement sur l'âge du gosse et sa vie de couple actuelle dont les échos de la mère peu de temps avant me tenaient encore à la gorge, elle s'est mise à parler.

Elle m'a parlé pendant une demi-heure de son bonheur d'être grand-mère, qu'il était merveilleux le petit, très précoce, très intelligent, et tout le tsoin-tsoin. J'étais dégoutté. J'étais dégoutté mais j'essayais de me donner bonne figure. J'étais blessé au plus profond de mon âme. Et dire qu'il n'aurait jamais été là si… si j'étais resté ! Et dire qu'il aurait peut-être été autre… peut-être un autre !
Quatre putains de longues années ! Quatre putains de longues années a m'être enfui pour ne plus trop aimer. Pour ne plus trop aimer…

*

* *

Elle m'a parlé comme ça, je ne sais pas vraiment combien de temps. Je lui répondais par des exclamations courtes que je lançais au hasard, incapable de me concentrer sur ce qu'elle me disait. Elle le faisait sauter sur ses genoux, et lui, il riait. Il était sans doute tout à fait charmant mais les enfants c'était pas mon truc. Je ne m'étais jamais imaginé en avoir un, et… Alors…

Puis quelqu'un sonna à l'entrée. Elle me refila le bébé, le petit Michaël, sur les genoux et elle s'absenta en s'excusant pour aller ouvrir. Michaël, ce prénom, surgissant tout droit de mes souvenirs, d'une conversation entre sa mère et moi, d'un rêve, d'une blague un jour. Je savais, je savais pourquoi elle l'avait appelé comme ça. J'aurais pu aussi lui donner ce prénom-là. Et le gosse, la tête tournée vers moi, me fixait intensément de son regard étrange, indescriptible, immensément profond, tout comme celui de sa mère, mais sur fond de pupilles bleues, comme les miennes. Son… son « père » devait aussi avoir ces yeux-là. Je me suis imaginé un instant que s'il avait été de moi, ils auraient pu être comme ça. Mais non, impossible ! Il ne me ressemblait pas, il aurait jamais pu être comme moi. Il avait son regard à elle, les yeux d'un autre, et le reste qui ne venait pas de moi. C'était mieux comme ça, sans doute mieux, vraiment mieux.
Et je me suis senti soudain pris d'un vertige. J'avais envie de me tirer, de me casser de là, de laisser le gosse sur le fauteuil et de m'enfuir. Par la fenêtre, ouais, j'en aurai bien été capable ! Et le gosse me fixait.

Quand on ouvrit la porte du salon, derrière moi, il sauta de mes genoux et courra en criant vers l'inconnu qui entrait. « Ça y est ! », je me suis dit, n'osant regarder. « C'est le père ! Manquait plus que ça ! Qu'est-ce qu'il peut bien venir foutre là ! ».
J'ai pas osé me tourner vers lui. J'ai juste baissé la tête que j'ai cachée de ma main comme pour repousser des mèches de cheveux dégringolant sur mon front, et j'ai attendu que la grand-mère du petit l'amène devant moi et nous présente.
Mais j'ai entendu une voix féminine, une douce voix, une douce voix qui a dit « bonjour mon bébé », une voix que je connaissais, une voix que je connaissais bien, sa voix à elle.

*

* *

Elle s'est assise dans le canapé, à la place de sa mère quelques instants auparavant, le bébé sur les genoux. La mère nous laissant seuls.
Elle m'a fait de grands yeux. Elle a pas su quoi dire, peut-être à hésiter entre la colère et… et je ne sais quoi. Elle m'aimait autrefois, je crois. Elle a fini tout de même par me sourire, par se déclarer heureuse de me revoir, comme ça, comme si c'était naturel.
Et j'ai pas non plus su quoi lui dire.

Elle posait alternativement ses yeux sur moi et sur le petit, son regard magnifique, si sombre, si puissant, si… si troublant. Je ne sais pas comment je faisais pour réussir encore à respirer. J'étais… j'étais quatre ans en arrière, et elle avait pas changé.

Silence, silence brisé des petits rires et cris du petit.
Silence quelques secondes.

- Comment tu le trouves ? elle a commencé d'une voix calme.
- …
Retourné comme une crêpe, je ne savais plus où j'en étais.
- Je sais, t'aimes pas trop les enfants, non ? elle parut se rappeler.
- Ben…
- Je t'embête ! elle dit en souriant.
- Ben… non !
Je savais toujours pas quoi lui dire.
Elle, elle serrait le petit garçon dans ses bras, le faisant passer d'une jambe sur l'autre, à le faire sourire, à le faire rire, à le faire sauter sur ses genoux.
Je me suis imaginé être le père du petit si j'étais resté. Je me suis imaginé être celui qui lui aurait fait ça, un bébé, un enfant, un magnifique bébé que j'aurais aimé plus que tout au monde, même peut-être plus qu'elle, en tout cas plus que ma propre vie. J'ai ressenti un vide immense, un vide que j'aurai jamais pu combler, que j'aurai pu combler si seulement… Mais je m'étais enfui, j'avais raté la seule et unique chance que j'avais jamais eu, la seule et unique chance que je n'aurai jamais. Je me suis senti… je me suis senti envahi d'un immense désespoir, d'un immense vide qui m'étouffait. Qu'est-ce que je faisais là ! Qu'est-ce que je faisais là à contempler son bonheur, seul, qu'est-ce que j'avais cherché en revenant ici ! Qu'elle me dise : « content que tu sois là ? », « content que tu sois revenu ? », et « on va tout recommencer comme avant ? », « je vais larguer son père et c'est ensemble qu'on l'élèvera ? ». C'est ça que j'aurai voulu entendre ? C'était ça ?

J'ai soudain eu encore envie de me tirer, de me casser, de repartir loin et là, là enfin, là, ne plus jamais, jamais, jamais revenir ; oublier, oublier totalement, m'enfermer ailleurs là où elle ne troublerait plus jamais mes pensées.
Car cela n'avait jamais été que ça ! Cela avait toujours été ça. Je n'avais jamais cessé de l'aimer, jamais, et m'enfuir n'avait juste été qu'un simple essai de m'en substituer. Je comprenais ça tout à coup, tout à coup à ne pouvoir cesser de la regarder, à sombrer, à couler, à fondre encore sous son sourire et son regard d'une profondeur et d'une quiétude pleine d'une immense maturité.

- Ça va pas ? me elle me demanda inquiète, percevant mon trouble.
- Hein ? Heuuuu ! Si ! Si-si, ça va ! Je pensais à un truc !
- Attends ! elle me dit en se levant, emportant avec elle le petit.

Elle le confia à sa mère, j'imagine. Elle revint s'installer en face de moi, quelques secondes plus tard, croisant ses jambes l'une sur l'autre, posant ses mains sur ses genoux, me fixant de son regard insondable, insurmontable, et souriant de ses lèvres légères, me cachant si bien, ou n'éprouvant plus rien, ou jamais rien, de la peine que peut-être je lui avais causé. Ouais, elle souriait, détendue. Elle souriait comme si de rien était, comme si elle se retrouvait en face d'un ami qu'elle était heureuse de revoir après une longue absence. Juste cela.
J'étais complètement abattu. J'étais complètement vaincu.

*

* *

J'ai réussi tout de même à prendre sur moi. Je sais pas encore comment j'ai fait. Je découvrais que jamais je ne parviendrai à aimer quelqu'un comme je l'avais aimée, comme je l'aimais, comme je ne pourrais jamais cesser de l'aimer, et pourtant, pourtant, je réussissais tout de même à prendre sur moi. Peut-être qu'alors, au plus fort de ce que j'éprouvais, je la détestais.

Alors je lui ai lâché un semblant d'air détaché, et puis mon imperturbable « quoi de neuf ! ».
- Quoi de neuf ?
- Ben… tu vois… le petit Mickey ! elle dit en repoussant ses longs cheveux ondulés en arrière, tout sourire, encore. Et puis j'ai un super travail, et puis je me suis pris un appartement.
- Ah ?
- Et toi ? J'ai vu ce que tu as fait ! Je savais que tu le pouvais !
- Ah !
- Mais si !
- Ah ?
- Mais si… J'ai toujours su que tu y arriverais ! elle persista en me lâchant un sourire et en inclinant tendrement sa tête sur le côté.
- Arrête ! j'ai dit simplement, encore vaincu.

Silence ! Silence, encore.

- C'est maman qui m'a prévenue. Elle m'a appelé au bureau !
Ça expliquait sa présence, et l'absence de la mère qui m'avait laissé le petit pendant quelques minutes. J'aurai préféré éviter de la rencontrer mais… c'était trop tard ! C'était bien trop tard !
- Je suis contente de te revoir ! Ça faisait longtemps ! elle me dit doucement.
C'était une affirmation. Qu'est-ce que je pouvais ajouter ?
- Ouais… longtemps !
J'aurai voulu… j'aurai voulu lui demander si elle m'en voulait, mais à quoi bon !

- Je t'en veux pas !
Elle me connaissait trop bien. Je ne pouvais rien lui cacher.
- C'est loin tout ça ! elle sourit un peu triste.
- Ouais ! C'est loin ! j'ai ajouté tout aussi tristement.

Silence.
Imperturbable silence.
Silence, silence très longs. Trop long silence.

Il fallait y mettre un terme.

*

* *

- Bon ! j'ai dit en me frappant les genoux, avant de me lever, prêt cette fois-ci à faire des adieux, des adieux que je ne lui avais jamais fait, et à la laisser là.

Elle s'est levée aussi, s'approchant lentement de moi. Moi, incapable de résister à son regard, baissant la tête pour l'éviter, incapable alors de bouger.

- T'as vu ?
Quoi ? j'ai vu quoi !
- T'as vu ? elle récidiva. T'as pas vu ses yeux ?
Ouais, j'avais vu ! Des yeux bleus !
Profondément embarrassé, je ne savais quoi lui répondre. Me… me… m'emmerder… me torturer avec ça !

- Il me ressemble, tu trouves pas ? elle me demanda en se rapprochant de moi.
J'ai haussé les épaules.
- Ouais ! Il te ressemble vraiment, vraiment beaucoup ! j'ai lâché tristement, sans pouvoir cette fois-ci me contenir.

Elle s'est rapprochée encore de moi. J'avais la tête embrouillée.
Elle s'est collée contre moi. Je sentais son souffle, sa respiration calme. Elle a posé sa main sur mon visage alors que je gardais la tête baissée, trop dégoutté.

- Tu comprends pas ? Elle m'a glissé à l'oreille, alors que je ne réussissais pas même à vouloir la repousser.
- Quoi ? j'ai articulé d'une voix faible, sombrant sous sa caresse.

Et puis elle m'a embrassé.

*

* *

Ouais, il était de moi ! Il allait avoir bientôt quatre ans.