Accident Vasculaire Cérébral
Les Chroniques du ND

 post du jeudi 22 avril 2004, 9h36 pm

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Petite Sab… j'ai l'impression d'être de plus en plus proche de toi, ou alors que tu es de plus en plus la personne que j'attends… Comme moi, tu sais faire des choses, des choses biens mais que tu penses ne pas suffire, la peinture, la musique, quelque chose, et comme moi tu penses que tu ne sais faire que cela et pas grand chose d'autre. J'ai toujours rêvé de faire de la musique, mais on ne sait pourquoi, parfois ce qu'on désire n'est pas accessible, on n'a pas le temps, on n'a pas les moyens… J'ai quelques tableaux de moi dans mon petit appartement, et je chante ou je fredonne parfois dans ma douche de la musique que personne d'autre n'a encore inventée. Il me reste, comme toi, un jour, à m'y consacrer définitivement afin de dépasser mon quotidien et en faire quelque chose qui compte. Ce n'est qu'un petit pas… un grand pas… un pas qu'il faudra faire…

Sab, je vais te montrer un endroit à Lyon : une petite place en hauteur donne une vue magnifique sur la ville, et quand il fait beau, de cet endroit on voit le Mont-Blanc. Nous sommes sous la pénombre de la nuit, assis l'un contre l'autre sur le petit muret bordant la place face à la ville. Devant nous un vide de quelques mètres. Tu balances tes jambes dans l'air un peu comme le font les petites filles timides assises sur un banc. Ton regard observe cette petite danse. Peut-être est-ce juste cela : de la timidité. Ton visage n'est éclairé que par les lumières de la ville. Il est deux heures du matin, il fait bon, c'est l'été, c'est le silence à part les brouhahas lointains, des voitures, un klaxonne, un chien qui aboie. Il fait bon, un petit vent agite tes cheveux, et tu repousses une mèche qui glisse sur ton front. Tu ne parles pas, moi je regarde mes mains croisées entourant mes genoux.
Parfois, il est difficile de parler, de dire des choses, les choses qui sont là dans notre coeur, qui n'attendent qu'à sortir, mais que la crainte d'un échec nous obstine à ne pas révéler.
Je suis assis prêt de toi. Je me demande si je ne suis pas trop loin. Je devrais être plus proche et sentir ton bras droit contre mon bras gauche.
Il fait bon. Rien que ce pseudo silence et le petit souffle de vent, les lumières de la ville éclairant vaguement ton visage et soulignant tes traits me font vibrer. J'ai peur, peur que cet instant se termine, peur de ce que je pourrais te dire et de ce que tu répondrais.
Il fait bon. C'est agréable en tout point. Le petit vent me fait respirer ton parfum et m'enivre. Il n'y a rien de meilleur. Ce pseudo silence… ce calme, cette paix… Tu es près de moi.
Tu es près de moi, mais encore trop loin. D'un geste voulu assuré mais tremblant, je me rapproche de toi, je colle mon bras gauche contre ton bras droit. Le chien aboie toujours par intermittence, mais ce n'est pas grave. Je ne l'entends pas, ou alors je l'entends et il fait partie du moment. Un moment que je n'oublierai pas.
Tu regardes toujours tes jambes se balancer dans le vide. J'ai les yeux perdus dans le lointain. Et puis tu te mets à fredonner un air que je ne connais pas, mais je serais un bébé que cela me bercerait et que je m'endormirais près de toi.
D'ailleurs, le calme me gagne et je me permets de poser ma tête sur ton épaule, d'enfouir mon visage dans tes cheveux. Leur parfum aussi me plait, et toi tu continue à fredonner.
Il est temps maintenant. Il est temps.
Rien ne me fera quitter ce moment, ta présence. Alors j'incline ma tête pour te parler dans l'oreille, te dire un mot doux… mais rien ne sort, aucune parole. Je pose seulement mes lèvres sur le lobe de ton oreille que je mordille doucement.
Toi, là, sous ce petit vent, sous ces lumières dans la nuit, tu inclines ton visage contre le mien, tu poses une main dans mes cheveux et commence à les caresser. Tu ne parles pas, moi non plus.
Au loin on entend encore le chien aboyer. Mais c'est pas ça qui est important…