Accident Vasculaire Cérébral
Les Chroniques du ND

 post du dimanche 11 avril 2004, 4h49 am

A cette heure, les neurones s'éteignent une à une, comme la nuit sur le jour, une pleine, des collines au loin. Cela pourrait être l'été. Je serais dans le jardin, assis sur un fauteuil en plastique plus trop blanc car il a passé l'hiver dehors, les intempéries, etc…
La petite lanterne devant moi attire les papillons de nuit qui viennent s'y coller et mourir dans un « ploc » inimitable.
Je suis assis les pieds sur la table… enfin presque allongé dans mon fauteuil. Vous voyez ce que je veux dire.
L'orangé du ciel fera place dans quelques minutes à la nuit véritable. Déjà, depuis un petit quart d'heure les étoiles s'allument là haut. Je me demande souvent si elles demeureront ainsi toute l'éternité, et si elles ont toujours été là. Mais comme je le sais, je finis toujours par me demander pourquoi je me pose cette question là. Je sais, c'est idiot. Mais c'est ainsi.
Au loin, un grillon chante encore. Il n'est pas encore couché mais il ne va pas tarder. Il est là depuis quelques jours à chanter sous le soleil, presque toute la journée, puis à s'endormir lui aussi avec le ciel.

Je décroise et recroise mes jambes, les pieds sur la table. Ma cigarette est bientôt terminée. Il me reste encore quelques travaux à effectuer dans la maison, et bientôt tout sera prêt pour votre arrivée. J'ai hâte de vous voir. C'est d'ailleurs la seule raison qui me pousse à finir les chambres à l'étage… sinon, comme Macou, je resterai bien dans les cartons, du moment que j'ai un matelas pour dormir, une cuisine pour manger, et une salle de bain.

La nuit est là, vraiment là. Le grillon a cessé de chanter, et je sais que c'est lui qui me réveillera demain. Comme d'habitude, je dormirai les fenêtres ouvertes, et les portes aussi. C'est rassurant d'habiter là, savoir que l'on peut tout laisser ouvert et laisser entrer tout le monde, à n'importe quelle heure. C'est agréable aussi de sentir les courants d'air alors qu'il fait si chaud dehors.
J'ai préparé votre arrivée. J'ai réservé une journée de canoë. J'ai aussi terminé de monter le barbecue en pierre au fond du jardin, et je suis allé faire les courses et j'ai rempli le congélateur. J'ai fait le tour des fermes et des petits producteurs du coin afin que vous ayez de quoi goûter aux petites merveilles de la région. Il y aura du fromage, du vin, du saucisson de canard et du foie gras. J'ai aussi acheté de l'huile de noix pour la salade, bref, de quoi vous préparer un bon petit plat pour votre arrivée.
Il fera beau ici. Ce sera une semaine agréable. La météo n'annonce d'ailleurs que du soleil. Pourtant, j'aurai voulu que vous connaissiez une nuit de pluie, discuter pendant des heures sous le petit porche du jardin alors que la nature pleure un peu, un peu beaucoup, que le son des gouttes sur le toit nous berce… et puis s'endormir les fenêtres ouvertes, l'humidité réveillant les odeurs des plantes et de la terre du jardin et des alentours.
Il y aura aussi la fête du village où je vous emmènerais. Vous verrez que tout le monde ici est gentil, que cela existe. On dansera sans doute le soir au son d'un accordéon même si l'on déteste cet instrument. Ce sera juste une petite fête, mais nous participerons à la petite vie de ces petites gens qui sont pourtant beaucoup plus appréciables que ceux que vous croisez tous les jours au boulot, dans le bus, dans le métro.

Voilà. Ma cigarette est terminée. J'éteins la lanterne au gaz et les papillons ne s'y suicideront plus. Je m'étire, je baye, puis je me lève. Comme d'habitude, je laisse la porte grande ouverte, je vais monter à l'étage, me laver les dents, me déshabiller puis me coucher. Le silence ici est, comme on dit parfois, d'or. C'est vrai. Après quelques pensées vers vous, je m'endormirais.

Dormez bien vous aussi.