Accident Vasculaire Cérébral
Les Chroniques du ND

 post du dimanche 4 avril 2004, 6h46 am

Bouh… Bouh… Bouh…

Hé… regarde… le ciel est bleu… le ciel peut paraître bleu… même s'il ne l'est pas. Mais il est bleu.
Je suis assis sur un petit muret. De la où je suis, je vois la ville. Elle s'étend devant moi, dans toutes les directions… et au loin les collines, les vignes, des champs.
Le ciel est bleu. Mais le couché du soleil est proche. Je sais… je sais comment il va se transformer… Du bleu il passera à l'orange. C'est lui qui décide. Les nuages sont là, ou pas. Ils sont là, ou pas, mais aujourd'hui ils ne sont pas là. Le ciel reste clair, et le temps passant, le soleil s'incline, il se couche, il atteint l'horizon, il s'éloigne.
Je suis assis sur un petit muret.
Chez moi, on répare la Cathédrale. Je ne pourrais pas vous expliquer ce que l'on y fabrique exactement. Je crois que l'on tente d'effacer ce que la pollution y dépose… ce genre de choses qui noircit la pierre… La pollution…
Une cathédrale… J'y pense… il a fallu des dizaines d'années, plus nombreuses que la somme de celles qui constituent ma propre vie pour la construire, pour édifier ses deux nefs qui tentent désespérément de s'incliner vers le ciel comme si elles voulaient un jour l'atteindre.
C'est cela, vers ce ciel où le soleil se couche et où le bleu se transforme, s'assombrit, et où à l'horizon des couleurs orangées apparaissent. On m'a dit une fois que c'était la pollution qui provoquait cela.
Bref, entre les deux nefs, assis sur un petit muret, un garde-fou si l'on parlait d'un pont, je regarde vers le bas. Quelques allemands en short ou quelques japonais n'ont pas grand chose d'autre à faire que se prendre en photo.
Tu me vois encore, respirer l'air, respirer l'aube matinale… tu rêves… je ne suis pas celui-là. Je ne suis pas bercé par l'innocence, je ne suis pas si fort… Je suis juste assis sur un petit muret, regardant le parvis de cette cathédrale où l'on a sacré quelques rois, une certaine Miss qui a fini par cramer sur un bûcher… bref… beaucoup d'histoire…
Je ne suis pas bercé par l'innocence, je ne suis pas si fort.
Je suis assis sur un petit muret, un garde-fou, et maintenant le ciel est orange, au loin, enfin je veux dire à l'horizon.
Tu n'es pas là pour me rappeler que nous étions si fort… mais cela importe peu.
Le walkman sur mes oreilles m'éloigne des bruits de la ville. Pourtant des voitures passent là, en bas. Je devrais les entendre, mais je n'ai que la musique et le son de ta voix à mes oreilles. Sous ce ciel orange, cette nuit qui ne vas pas tarder à tomber, à se fondre lentement pour produire l'obscurité que j'attends. C'est sans doute mieux ainsi… en tout cas, c'est ce que j'ai choisi.
Tant que les piles de mon walkman « m'autorisent » à t'entendre, le petit muret entre les deux nefs me suffit.
Do you want to save myself?
Ce n'est pas une question. En bas, la fréquence de passage des véhicules s'estompe, comme le fond de ciel orange à l'horizon.
La nuit tombe.
Do you want to save myself?
Realy?
Il fait maintenant nuit. La pollution provoquant cet orangé particulier à l'horizon a laissé place au noir de la nuit. On ne serait pas en ville, on verrait les étoiles parsemer le ciel. Mais on est en ville, et en ville on ne voit pas les étoiles… y'a un peu trop de lumières partout. Y'a d'ailleurs trop de projecteurs orientés vers la Cathédrale pour que j'aperçoive une quelconque étoile.
Come to me! Come to me? C'est ce que tu dis ?
Le walkman, la musique… elle se substitue à la réalité. La réalité n'est pourtant qu'un fait divers, un garçon assis sur un petit muret entre deux nefs d'une cathédrale que quelques, que beaucoup d'ouvriers on construit durant de longues années pour on ne sait pas trop quoi… la religion… ça doit être cela. Bref, une coutume lointaine d'une époque révolue. Alors moi aussi je resterais là, peut-être à attendre… que le temps passe ou que tu viennes me chercher.

Venir me chercher ?
Le temps passe, je suis toujours au même endroit, et derrière moi le soleil se lève, la ville s'anime, lentement…
Do you surch me?
Tu me vois encore respirer l'air ?
Ma main, quitter mon corps, ma liberté. Percée par notre innocence, nous étions si fier.
Mais tout cela n'est qu'un rêve. J'ai dû m'assoupir. Je songe à ce jour précieux où tu m'as serré si fort. Bercés par notre innocence.
Il fait jour, maintenant. J'entends au loin les oiseaux siffler. C'est chez eux peut-être une façon de se prouver qu'ils existent.
Moi, sur mon muret, mon casque de walkman sur les oreilles dont les piles s'usent et ne me transmettent que des sons au ralentit, je vois le jour se lever.
Do you love me? All day long?
Ce n'est pas important… finalement.
Le jour se lève et une autre journée commence.
De toute façon, c'est toi qui a choisi. It was a long time. Not for me now.

But it's you turn today. Les nuages apparaissent au loin. Les oiseaux commencent à chanter.
Mais rien n'a changé… tu me manques toujours autant…

Marianne ?