Accident Vasculaire Cérébral
Ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

Un nouveau départ
(David Massey)

Un nouveau départ Derek Flaggherty descendit en courant le couloir principal, tout en maudissant la terre entière. La lumière blanche criarde venant des éclairages au-dessus de sa tête, projetait des reflets d'or intenses des boutons et des galons de son uniforme, alors qu'il se bataillait pour finir de s'habiller tout en courant pêle-mêle vers le hall. Sa démarche était forcée et revêche, alors que son épée de cérémonie faisait de son mieux pour le faire tomber la tête la première.

« Je hais les épées, je hais les boutons », marmonna-t-il alors que le harnais de sa ceinture essayait dans un dernier effort, de l'envoyer culbuter sur le sol. « Ça fait des siècles qu'on a des fermetures éclair, mais ces misérables uniformes insistent encore pour avoir des misérables boutons ».

Alors qu'il prit enfin contrôle de son uniforme, la cible de sa véhémence passa sur ses compagnons de chambre qui l'avaient laissé dans ce pétrin. C'est très bien de couvrir quelqu'un qui a la gueule de bois et qui a besoin de quelques minutes de plus de sommeil, mais de le laisser dormir en un jour comme aujourd'hui, c'était cruel. Derek exécuta un dérapage contrôlé alors que sa botte gauche menaçait de glisser et, en sautant sur un pied tout en fixant sa botte, il émergea à l'air libre dans la cour.

Au-dessus de lui, le ciel rougeoyait, produit du contrôle météorologique dans un monde terraformé. Naturellement, la journée serait merveilleuse, comme c'était toujours le cas pour une occasion spéciale de cérémonie. Devant lui, il pouvait voir d'autres étudiants se dirigeant vers le hall principal. Rassemblant ses esprits et coinçant son épée désobéissante à sa place contre sa hanche, Derek marcha d'un pas plus nonchalant vers l'entrée principale.

« Du calme, du calme, respire profondément, c'est seulement le reste de ta vie qui est en jeu », murmura-t-il intérieurement. Son coeur commença à battre plus vite et toutes les leçons en maîtrise de soi et en bio-régulation semblèrent avoir très peu d'effet alors qu'il franchit la porte imposante. Il se mélangea aux autres retardataires, échangeant des regards penauds. D'une désinvolture bien préparée, comme si ce n'était pas la chose la plus importante de l'univers, il jeta un regard vers les tableaux d'affichage géants au bout de la grande pièce. Alors qu'il suivait du regard les rangées de noms, il sentit son pouls battre de plus en plus vite et un noeud se former dans sa poitrine et dans sa gorge. Il réalisa qu'il était possible que ses résultats ne soient pas bons dans certaines des tâches, mais il devait sûrement être dans le premier quart de la classe ? Une évaluation secrète avait été le mot d'ordre pendant les cinq ans de formation, mais ses instructeurs n'avaient jamais laissé entendre que sa performance était moins que bonne. Mais où était son misérable nom ?

Alors que ses yeux descendaient le long de la quatrième colonne, son moral tomba plus bas. Il y avait trois cent étudiants à la remise des diplômes de cette année, la contribution de ce secteur à la marine de la Fédération. Le rang final de l'étudiant déterminait son premier poste et ses options pour une spécialisation future. Alors qu'il fouillait les colonnes de positions, il avait de plus en plus peur de commencer (et probablement de rester) une canaille de chargeur de pont entre Enethze et Andwafa. Il ne pouvait plus le supporter. Assez de cette torture ! Il venait de passer la dernière colonne et toujours aucun signe de Flaggherty sur les listes. Dans ce cas, cela ne vaudrait pas la peine d'accepter sa nomination.

A contrecoeur il tourna le dos aux tableaux et prit le chemin de la cafétéria, ses pieds traînant ses bottes noires luisantes d'une façon qui aurait fait grimacer et gueuler un sergent instructeur en quelques secondes. Personne ne remarqua. La masse de corps dans le hall faisait un brouhaha qui noyait ses pensées et les corps qui se bousculaient ne firent qu'accentuer sa solitude. Dans un état de choc paralysé, il s'affala dans une chaise libre dans la cafétéria.

Machinalement, il appuya pour avoir un café, le breuvage féroce de la marine, qui selon la rumeur publique venait des plantes riches en Carborundum au large de Gretiwa. Trois tasses de café de la marine et vos intestins étaient décapés net, enfin c'était la plaisanterie habituelle. Derek pensait maintenant était le moment parfais pour essayer d'en boire cinq. Il s'assit et il reprit d'un bon ses esprits. Peut-être que son père avait-il toujours eu raison. Il y avait encore une place pour Derek à la ferme, de retour sur Topaz à Ackandso. Pour une raison ou pour une autre, la pensée d'une telle chose ramena la panique de plein fouet. Qu'est-ce qui avait mal tourné ?

Avec des pensées suicidaires s'emballant furieusement dans son esprit, Derek pris sa troisième tasse de café. Le bruit venant du hall diminuait, alors que tout le monde s'habituait au fait qu'enfin ils étaient diplômés. Surpris, remplis de joie ou découragés, ils allaient chacun de son côté vers les rafraîchissements. Des concours de boisson commencèrent ici et là, alors que des petits groupes de diplômés commençaient à célébrer. Derek s'enfonça encore plus dans sa chaise et posa sa tête sur ses bras.

« Derek, où diable te cachais-tu ? » Le poids qui s'écrasa soudain sur ses épaules informa Derek qu'il avait été remarqué par Jungle-boy et tout le rugissement grave de la voix de cet homme énorme ne fit que confirmer la chose.

« Laisse-moi tranquille, veux-tu ? » maugréa Derek, qui commençait à ressentir l'effet de trois tasses de café de la marine d'affilé, de même que sa déception.

« Hé, mon pote, tu vas manquer la fête - tu en es la vedette ».

Il n'y avait pas moyen de refuser la pression insistante de Jungle-boy quand il voulait l'attention de quelqu'un, pensa Flaggherty. Son épaule menaça de sortir de sa cavité lorsque l'homme, venant de Cooperworld dans l'Aymiay, le souleva de sa chaise. Pendant un instant son épée refusa de céder, coincée contre un pied de la chaise, mais d'une secousse agacée il la libéra violemment.

« Qu'est-ce que tu racontes ? Ne peux-tu pas me laisser tranquille ? Mon nom n'est même pas sur les tableaux », gémit Flaggherty. Il se bataillait futilement pour se débarrasser de la poigne vicieuse de Jungle-boy.

Le relâchement soudain de la poigne sur son épaule envoya Derek s'affaler de surprise.

En colère, il se retourna pour voir une expression ironique apparaître sur le visage de Jungle-boy.

« Quoi, tu ne sais pas ? C'est génial, c'est vraiement génial ». Une saccade étrange commença à secouer les épaules de Jungle-boy, descendant jusqu'à son ventre et remontant jusqu'à sa tête. Il envoya sa tête en arrière et commença à rire. Rien de ce qui concernait Jungle-boy était à petite échelle et ses braillements faisaient tourner les têtes de tous les côtés du hall. Derek se sentit rougir et une colère silencieuse l'envahit.

« Qu'est-ce qui se passe ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Tu ferais mieux de me le dire ! ». Tout en sachant que c'était un autre instinct suicidaire, Derek prépara son poing pour frapper Jungle-boy, mais à ce moment là, son ami retrouva ses esprits et leva un bras pour pointer vers un petit tableau, à gauche des écrans principaux.

« Regarde ! » Dit-il, avant qu'une autre crise de rire ne reprenne le contrôle.

Derek se retourna et lut le tableau. Il n'y avait que quinze noms sur la liste et le sien était le sixième en partant du haut. Une sensation de choc commença à envahir son corps, alors que son cerveau lisait le reste du tableau. Les quinze meilleurs étaient récompensés avec la position de « top gun ». Les quinze meilleurs allaient sur Terre pour la remise des diplômes. Les quinze meilleurs, pris des quatre camps de formation principaux de la Fédération, allaient être emmenés à une cérémonie anniversaire de la remise des diplômes sur cette vieille Terre et il en faisait parti !

En un instant sa dépression avait disparu et il sentit une montée d'allégresse. Il avait le sentiment qu'il pourrait sauter directement sur Terre sans vaisseau ! Son ami faisait encore l'idiot et comme la tension disparaissait, il sentit le fou rire monter dans sa gorge. Les deux hommes se tombèrent l'un contre l'autre, les larmes coulant dans des yeux de Flaggherty. Il n'aurait pas à retourner dans cette ferme de misère après tout ! S'essuyant les yeux sur sa manche, Derek regarda Jungle-boy de haut en bas.

« Okaaay ! » Dit-il d'une voix traînante, « où elle est cette fête ? » Derek fit une pause pour respirer, puis ne pouvant plus résister il ajouta : « Au fait, ton épée est mal mise ».

* * * * *

Quatre semaines plus tard, Derek s'agitait encore une fois dans sa tenue de cérémonie. Assis dans une salle entourée des cinquante-neuf autres étudiants top gun, il remuait inconfortablement dans son siège. Son col se frotta lorsqu'il tourna la tête pour voir les rangées de ses compagnons « artilleurs ». Il se demanda si certains d'entre eux se sentaient aussi mal à l'aise que lui, parmi l'apparat et les façons de l'occasion.

« Stupide col », murmura-t-il, souhaitant qu'il fut possible de faire passer un doigt autour de son cou pour l'élargir. Tout le monde semblait être assis rigidement à sa place et Flaggherty ressentit le besoin presque irrésistible de tousser. Il lui semblait que les discours avaient duré pendant des heures et les jeunes hommes et les jeunes femmes dans le hall semblaient s'agiter de plus en plus.

Derek regarda le long de la ligne des officiers les plus hauts gradés, assis sur le podium surélevé où chaque étudiant recevait sa nomination vers la fin de la cérémonie. Tous étaient détendus et semblaient indifférents au flot de mots interminable provenant de l'interlocuteur du moment. Derek se demanda si la tolérance au blablabla venait avec l'âge, ou si on naissait avec.

Il espérait que c'était une habileté qui se développait, autrement il ne pourrait jamais s'habituer aux rituels des hauts rangs.

Flaggherty jeta un regard furtif en bas de la rangée de sièges et croisa le regard de Jungle-boy. Jungle-boy roula des yeux vers le plafond d'une façon théâtrale et Derek eut du mal à se retenir de rire. Il fit un bref signe de tête et se retourna vers l'avant de la pièce. L'Amiral, à la gauche du centre, semblait s'être endormi. Ses yeux étaient ouverts mais son regard allait bien au-delà de la pièce. Flaggherty était vaguement offensé par cela. C'est une chose d'être ennuyé par les cérémonies quand on est jeune, mais l'Amiral ne savait-il pas qu'il avait une responsabilité ici ?

Derek tourna son attention vers les évènements prévus pour après la cérémonie. Il allait encore voire Sophie ce soir et ils quitteraient sûrement les autres après un verre ou deux dans leur bar favori, puis direction restaurant et peut-être un spectacle. Il se sentit fier d'avoir réussi à trouver une fille comme Sophie juste une semaine dans la tombée des planètes.

La première semaine de leur séjour sur Terre avait été passée, comme beaucoup d'autres touristes, à absorber l'atmosphère et à visiter tous les pièges à touristes normaux. La Cité de Londres semblait être faite entièrement d'hôtels, de bars et de magasins de souvenirs, avec quelques bureaux menaçants cassant la ligne d'horizon et n'ayant rien à voir avec les marées de gens tourbillonnant dans les rues. Jungle-boy et Derek avaient été inséparables ces quelques premiers jours, étrangers sur une terre étrange et totalement stupéfaits par l'antiquité visible partout. Ils avaient rapidement adopté la coutume de la marine, qui était de trouver le plus de bars possible et de tester les marchandises.

Ce fut dans un tel établissement qu'ils avaient rencontré Sophie et qu'ils s'étaient présentés. Normalement a seule taille de Jungle-boy était intimidante et les filles partaient plus souvent qu'elles ne restaient après la plus petite pause possible, mais Sophie était restée. En fait Sophie avait été là le lendemain soir aussi, lorsque Derek avait suggéré qu'ils essayent encore une fois le bar, plutôt que de s'aventurer dans des nouveaux pâturages. Jungle-boy était resté un peu, mais pendant la soirée il était parti. Flaggherty n'était pas sûr du moment où Jungle-boy était parti, mais son grand ami dormait déjà quand il était rentré dans leur chambre.

Après cela, la plupart des soirées furent passées en la compagnie de Sophie, quelquefois avec Jungle-boy, mais plus souvent sans lui. C'était une fille intéressante, qui travaillait dans un des immeubles du gouvernement, dans une des plus vieilles parties de la Cité. Elle semblait immunisée contre l'ennui et pouvait écouter pendant des heures ses histoires sur la Marine et sur sa formation, ses espoirs et ses rêves. Elle avait applaudi de joie lorsqu'il lui avait dit qu'il était un des « artilleurs » et, pour une raison ou une autre, cette démonstration enfantine ne l'avait rendue que plus attachante. Même après une seule semaine, elle venait faire de plus en plus partie de ses rêves d'avenir.

L'attention de Derek fut ramenée au hall par une sonnerie soudaine des trompettes. Avec un sursaut il concentra son regard droit devant et remarqua avec joie que l'Amiral avait également l'air un peu froissé par le bruit soudain. La fanfare signalait la fin des discours initiaux et la cérémonie de présentation pouvait maintenant commencer. Derek s'essuya les mains sur les côtés de son pantalon, heureux pour la première fois qu'il fut en laine, et non pas en tissu de treillis de combat étanche, puisqu'il absorbait sa transpiration sans difficulté. Un par un, les « artilleurs » furent appelés pour venir recevoir la nomination de l'Amiral, officiellement diplômés de l'académie de la marine et désormais officiers subalternes dans la Marine de la Fédération.

Le coeur de Derek se gonfla de fierté lorsqu'on appela son nom et il se leva pour avancer à grandes enjambées. Des visions de son avenir dansaient devant lui alors qu'il s'approcha pour serrer la main de l'Amiral.

* * * * *

Le lendemain matin Derek buvait une autre tasse de café de la marine dans la cafétéria principale, lorsqu'il fut littéralement secoué hors de sa rêverie par une main énorme agrippant son épaule.

« Oh, salut Jungle-boy », murmura-t-il, sans un regard. Le poids faisant craquer fortement le lourd plastique annonça que son ami s'était assis sur la chaise d'à côté.

« Pourquoi fais-tu cette tête ? Qu'est ce qui ne va pas ? »

« Pourquoi penses-tu que quelque chose ne va pas ? Tout va bien, c'est un jour merveilleux, vas-t'en ».

« Allons, allons, quand quelqu'un essaye de boire trois tasses de café de la marine » - Jungle-boy fit un geste vers les tasses en plastique alignées à côté du couple de Derek - « cela veut dire qu'il y a quelque chose qui va vraiment mal. Ne t'ont-ils pas donné tes ordres ? ». Jungle-boy fit claquer une enveloppe blanche fine sous le nez de Flaggherty. Ce geste fut suivi d'un grognement dégoûté de Derek et avala une autre gorgée de ce breuvage corrosif.

« J'ai eu la fonction d'éclaireur », exulta Jungle-boy, essayant de stimuler son ami hors d'une dépression évidente. « Un Cobra III tout nouveau, ré-installé avec une puissance d'usine navalle, des armes améliorées et un système de navigation, et tout un groupe de senseurs planétaires à longue portée. Cette fois il semble qu'ils aient reconnu mes véritables talents après tout. Lieutenant Jolius de la Marine de la Fédération, c'est moi ! ».

Malgré lui, Derek réussit à sourire. « Alors, où est-ce qu'ils t'envoyent ? Bien loin j'espère, je ne veux pas que tu viennes à jamais me tirer de mes mauvaises humeurs, tu sais ! ».

« Je n'en ai jamais entendu parler avant, j'ai dû aller voir dans le guide des vaisseaux. Je m'en vais à la Frontière, partant de Zelada et allant vers l'extérieur. Pas d'ordres fixes, juste de ne pas rentrer sans nouvelles intéressantes ». Le sourire de Jungle-boy donnait l'impression que son visage allait se fendre en deux. Il rayonnait presque de fierté et d'enthousiasme à l'idée de la possibilité d'utiliser sa nomination pour se vanter à ses supérieurs.

« Cela ne fait-il pas partie de la zone contestée ? » Derek avait tendance à voir le mauvais côté des choses. Cela lui avait donné la réputation d'être un rabat-joie aux yeux de certains étudiants, mais cela l'avait protégé contre certains des mauvais pièges posés par les évaluateurs de l'académie.

« Hé, tout ce qui est plus loin que 25 années lumières de la Terre est contesté, c'est ce qui en fait l'intérêt. J'ai entendu dire que c'était près d'une zone pirate aussi ! Voilà la chance de me faire un nom. Je peux trouver une nouvelle planète, ou je peux détruire la conspiration d'un Empire diabolique à voler notre espace ou je peux écraser un groupe de pirates ». Jungle-boy s'appuya dans sa chaise accompagné de craquements sinistres. D'un geste théâtral il balança son bras autour de sa tête. « Je ne peux que réussir à faire quelque chose d'utile ». Il se pencha près de Flaggherty et murmura dans le coin de sa bouche : « Et toi ? »

Derek tira de sa poche une enveloppe dossier et la jeta sur la table. « Tiens, regarde ».

Jungle-boy fit glisser le papier hors de son emballage et l'examina. Ses sourcils se ridèrent alors qu'il lisait les brèves instructions. « Ça a l'air d'un boulot facile », murmura-t-il, d'un ton légèrement étonné. « Transporter quelqu'un à Achenar puis continuer avec le vaisseau, le Spirit of Amenitris ».

« Faire la nounou à un Ambassadeur jusqu'au Capitol, s'assurer qu'il atteigne l'Empire sain et sauf puis rentrer à la maison ! Quelle mission, ça. Pourquoi moi ? Je croyais qu'on devait avoir les places en or, puisqu'on est les artilleurs ». La voix de Flaggherty trahissait ses émotions, il semblait irritable et frustré. « Tu as un vaisseau éclaireur jusqu'au bout de l'espace humain - je me retrouve sur un liner commercial de malheur dans un des couloirs les moins dangereux de l'espace. Où est l'intérêt là dedans ? ».

Dans un moment de misère, Derek prit une autre gorgée de son café. Jungle-boy fit signe à une serveuse qui passait, de lui apporter à boire, n'importe quoi sauf le breuvage diabolique de son ami.

« Tu as une idée de la date de départ de ton voyage ? De quoi a l'air le vaisseau ? Qu'a dit Sophie ? » Jungle-boy essayait par tous les moyens de briser la mauvaise humeur de son ami.

« Non, je n'ai pas encore regardé les horaires ». La férocité de la réponse de Derek prit Jungle-boy par surprise, la remarque suivante de son ami le fit sourire d'une façon désabusée, car elle expliquait pour beaucoup la mauvaise humeur de Derek.

« Elle m'a posé un lapin hier soir ! Nous avions un rendez-vous et elle n'est pas venue du tout. J'ai attendu pendant des heures ».

« Ha ! La voilà la raison pour la tête que tu fais ». Jungle-boy se souleva de son siège et poussa du coude Derek après lui. Ce ne fut pas difficile pour Jungle-boy de persuader Derek à se lever, sa bouderie commençait à s'épuiser de toute façon. Cela semblait si injuste, quand il commençait à s'entendre si bien avec cette fille. Peut-être la verrait-il ce soir. « Allons faire un tour au port spatial, allons voir ce liner tramp Spirit ».

Louer un vélo pour aller au port spatial ne fut pas un problème. Les rues de la Cité braillaient sous la pluie du matin qui avait été prévue et l'air sentait bon les feuilles (les services municipaux s'occupaient de beaucoup de choses et garder une atmosphère agréable dans la Cité était une de ces choses). Il y avait peu de circulation et il n'y avait même pas foule lorsqu'ils s'approchèrent du port navette normalement animé. Les deux jeunes officiers essayèrent de rester impassible devant la taille des immeubles, mais ils ne pouvaient s'empêcher d'être intimidés par l'âge des monuments de vols spatiaux déployés autour du site pour que tout le monde les voit.

Quand ils entrèrent dans le hall principal, ils avaient les yeux grand-ouverts comme des novices, bien qu'ils soient passés par des centaines de bases navales durant leurs cours.

« Tu vas voir la date et l'heure de départ aux bureaux des réservations. Je vais voir sur le terrain si je peux trouver ton vaisseau ». Jungle-boy montra à Derek les files d'attente des passagers d'un côté du hall et s'en alla vers la grande baie vitrée de l'autre. Il se retourna alors qu'il s'éloignait et dit à son ami : « N'oublie pas de regarder sur toutes les affiches ! ».

Derek grogna et se fraya un chemin dans un endroit libre entre les allées remplies de gens en partance pour l'espace et commença à scruter les tableaux au-dessus de leurs têtes.

Vingt minutes plus tard, il traversait la pièce vers ka fenêtre à la recherche de son ami. Ce ne fut pas très dur, sa large taille était une île d'immobilité évidente dans la foule grouillante devant la baie vitrée. Il était appuyé contre la vite anti-explosion comme s'il était collé à la vue dehors.

« Je ne trouve nulle part. Il ne semble pas y avoir de vol prévu pour Achenar sur un vaisseau appelé Spirit. Je ne peux pas croire qu'ils aient réussi à foutre en l'air ma première mission ! ». La voix de Derek avait un air familier de frustration. Jungle-boy ne semblait pas avoir entendu, alors Flaggherty se répéta. « J'ai dit qu'il n'était pas ici. Il n'y a pas de Spirit of Amenitris ».

« Oh si, il est là », souffla Jungle-boy sans quitter des yeux la fenêtre ? « Regarde juste là-bas, au bout du terrain. Le tout nouveau ».

Derek se pencha vers la fenêtre et regarda ce que son ami fixait depuis si longtemps. Alors que son cerveau enregistrait la vision, il asséna un coup contre le plasitque avec un bruit sourd.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » murmura-t-il, regardant la coque brillante avec le nom fièrement blasonné sur sa proue.

« Ça, mon pote, c'est un nouveau croiseur de la Marine. Il fait son premier vol dans deux jours. Il s'en va pour le Capitol, une preuve de force pour l'Empire, paraît-il. Votre ambassadeur ne prend pas un liner pour Achenar, il va sur le voyage d'essai de notre plus récent vaisseau. Et tu es du voyage ! ».

Derek resta silencieux pendant un moment, absorbant la nouvelle. Au lieu de seize semaines d'ennui pendant que le liner commercial de misère faisait le petit saut normal, pour aller au coeur de l'Empire, le croiseur pourrait probablement le faire en une ou deux semaines. Et après, en voyage Dieu sait où ? Les commandants de nouveaux vaisseaux lors de leurs premières missions étaient traditionnellement libres de choisir leurs vols et la plupart réussissaient à obtenir des situations intéressantes. La vie s'améliorait. C'était vraiment un jour merveilleux.