Accident Vasculaire Cérébral
Ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

Orbite complète
(David Massey)

Orbite complète Les doux rayons dorés du soleil fusant à flots du ciel méditerranéen bleu azur, faisaient étinceler les boutons dorés des uniformes des musiciens de l'Académie qui jouaient une marche militaire pendant que les nouveaux gradués prenaient solennellement leur place. Les uniformes de cérémonie verts et bleus étaient impeccablement repassés et immaculés, chaque bouton astiqué et rutilant. Chaque instrument reflétait un brillant traduisant plusieurs heures de frottement, chaque note résonnait dans l'air pur comme une clochette de cristal.

Lester aspira l'air pur à pleins poumons. Il voulait se souvenir de chaque instant de cette journée jusqu'à la fin de ses jours. L'amphithéâtre qui datait de plus de trois mille ans, servait toujours et était rempli d'étudiants de l'Académie, de leurs parents et amis. Il régnait un petit air de fête parmi le personnel qui n'appartenait pas à marine. Ils riaient et bavardaient, les vêtements multicolores prêtant à la réunion une atmosphère de vacances. Ils tranchaient agréablement sur le personnel de la marine rassemblé sur la scène antique dans leurs uniformes formels, chacun orné d'une rangée de médailles obtenues au combat et en service, et qui ajoutaient des couleurs éclatantes sur leurs uniformes aux couleurs sobres.

Lester et ses co-gradués formaient le bloc central en face de l'auditoire, chaque visage briqué, dépilé, attentif. Les préparations finales du grand jour les avaient occupés jusqu'aux petites heures de la nuit qu'ils avaient passées à aller chercher leurs vêtements chez le dégraisseur, à les brosser, les nettoyer, les frotter, les faire briller et à s'assurer que chaque détail était absolument reluisant de propreté. Ils s'étaient inspectés les uns les autres et ils avaient défilé pour être absolument sûrs de se présenter sous le meilleur aspect possible le jour de la cérémonie officielle.

Dans le ciel, une mouette solitaire cria en tournoyant dans le ciel magnifique de la Terre, avant de repartir vers la mer pour pêcher dans les eaux pures de la baie. Quand il était petit, Lester avait eu l'habitude d'avoir de l'argent et de jouir de tout ce qu'il pouvait lui procurer. Mais les années qu'il avait passées à l'académie lui avaient appris à être modeste, et maintenant il éprouvait plus de joie à admirer les richesses que lui offraient la nature et les êtres vivants que n'importe quelle accumulation de biens matériels.

Il se demanda s'il allait briser le coeur de sa mère lorsqu'il lui annoncerait qu'il avait vraiment l'intention de servir dans la marine. Depuis que son père l'avait amené à Terre, il y avait cinq ans de cela, il s'était posé des questions sur les motifs de sa mère. Il était incontestable qu'elle avait dû tirer de nombreuses ficelles et faire intervenir son énorme influence commerciale pour lui décrocher une place, ici, au coeur de la Fédération. Elle avait même réussi à se faire accompagner de l'Amiral lui-même, pour assister à la cérémonie du jour. Mais il restait un petit doute insidieux sur ses véritables intentions. Dans un sens, il n'était pas convaincu qu'Alista destinait son fils à devenir un officier de la marine. Il l'avait toujours soupçonné d'avoir pour lui des ambitions politiques. Mais il avait mûri pendant ses années sur Terre, et il savait ce qu'il voulait maintenant.

Son parti était pris. Il allait s'engager dans la marine avec un contrat renouvelable, et se consacrer à la Fédération, comme l'Amiral là-bas. Il jeta un coup d'oeil au groupe d'officiers de carrière assis en face de l'auditoire dont le nombre augmentait constamment, au fur et à mesure que les visiteurs et les gradués prenaient place. Il se demanda combien de fois ils avaient assisté à des cérémonies semblables, et ils s'ennuyaient parfois devant les parades. Il ne pouvait pas envisager que cela puisse arriver. Comme son regard balayait le stade de plein aire, il sentit son sang se réchauffer et son coeur se gonfler de fierté.

Les anciens blocs de pierres, sculptés par une civilisation aussi ancienne que l'homme, absorbaient le soleil et la musique comme ils le faisaient depuis des siècles. Un air de solennité imposé par le cadre antique qui les entourait contrastait avec les vêtements aux couleurs vives et fantaisistes et les murmures des parents anxieux et fiers. Lester tourna son regard sur la foule et rencontra celui de sa mère, qui était toujours d'une grande beauté malgré son âge. Elle secoua la tête et ses cheveux bruns s'étalèrent sur ses épaules dans un abandon farouche, sans aucun doute privilégié par un conditionneur électrostatique exotique et très cher, qu'elle avait dû acheter pour obtenir cet effet.

Il était étrange de décrire sa mère comme étant « d'une grande beauté ». Son goût personnel en matière de filles s'arrêtait sur un genre tout à fait différent, mais il était sûr que beaucoup d'hommes devaient être attirés par ses charmes, sans parler de l'énorme fortune dont elle disposait. Il ne savait pas pourquoi elle ne s'était jamais remariée après le départ de son père. Elle avait préféré la compagnie de son oncle Kharon. Elle avait eu beaucoup de petits amis et flirts, mais il n'y avait jamais rien de sérieux avec aucun d'entre eux. Pour l'instant, elle semblait s'intéresser à l'ambassadeur de Véliaze qui était assis à côté d'elle. Ils fleuretaient effrontément dans le soleil matinal.

Sa mère rit à une plaisanterie que lui racontait l'ambassadeur. Elle remarque que Lester regardait dans sa direction et lui fit un clin d'oeil, sourit et se retourna vers son compagnon ; Elle avait l'air tout à fait heureuse dans cette atmosphère de festivité qui régnait dans cette partie de la foule. Lester ne doutait pas que dès que la cérémonie d'admission des officiers commenceraient, ils deviendraient immédiatement très attentifs. Mais entre temps, pourquoi ne pourraient-ils pas échanger des papotages et des plaisanteries par un jour si superbe ?

L'amiral Flaggherty était en nage dans la chaleur suffocante. Son col le grattait et il avait essayé en vain de changer de position sur sa chaise, mais cette sacrée épée ne voulait pas pendre correctement. Il détestait ces cérémonies formelles - il les avait toujours détestées et les détesterait toujours. Il en voulait vraiment à cette madame Marlbron pour l'avoir envoyé sur Terre. Elle avait dû rappeler beaucoup de gens qu'ils lui devaient des faveurs pour s'assurer que son calendrier l'amènerait à l'Académie le jour de la cérémonie. Il ne put s'empêcher d'admirer l'habileté de cette femme. Il n'avait pas pu refuser d'assister à la cérémonie puisqu'il était sur Terre à ce moment-là. D'autant plus qu'il avait le privilège de remettre lui-même les diplômes d'honneur.

Il essaya d'étouffer un bâillement lorsque l'orchestre en uniformes verts et bleus entonna une nouvelle marche militaire. Il n'aimait même pas la musique militaire, c'était l'une des choses auxquelles il fallait se résigner. Elle était inhérente à son grade, tout comme les réunions aux discussions interminables et les sempiternelles enquêtes du sénat sur les dépenses de la flotte. Si seulement, ils pouvaient apprendre quelques morceaux de jazz, ou des airs d'opéra, le temps passerait plus vite.

Derek balayant du regard les ruines antiques baignées dans la chaleur, dont l'acoustique était toujours fantastique, et évoqua sa propre cérémonie d'admission au grade d'officier. Il se demanda si les jeunes gens de l'auditoire ressentaient le même serrement passionné qu'il avait eu alors. Les choses n'avaient sans doute guère changé. Il pouvait certainement se rappeler la griserie qui s'était emparée de lui quand il avait reçu ses premiers ordres et qu'il s'était rendu compte que dans un instant, il allait s'envoler pour faire le premier voyage sur un croiseur flambant neuf. Jolius devait avoir été excessivement jaloux, mais il avait sa propre mission de reconnaissance à exécuter

Il avait rencontré Jolius deux ans auparavant, qui s'envolait des missions de reconnaissance, mais maintenant chargés de l'exploration de l'ensemble du troisième quadrant. Son ami avait l'air en bonne forme et en pleine santé, ses bermudas rouges et bleus assortis avec goût à un chapeau à large bord verdâtre. Pour se détendre après leurs missions, ils pêchaient la pastenague locale, importée du monde Facece de l'Empire dans les eaux de l'océan de la Nouvelle Californie à Liaququ. Ce poisson était absolument délicieux, et en plus si vous l'attrapez vous-même, il a toujours l'air d'avoir plus de goût que ceux en vente dans les élevages commerciaux.

La haute gravité de l'endroit d'où venait Jolius se manifestait dans les muscles épais qu'il ne pouvait pas dissimuler sous la légère couche de graisse qui s'accumulait autour de sa taille. Il s'était bien fait moquer de lui à cause de sa corpulence, mais depuis bien longtemps, Jolius n'y prêtait plus guère attention et il se contentait de donner des chiquenaudes en représailles aux petites plaisanteries inoffensives qu'on lui faisait à ce sujet. Le soleil d'un blanc éclatant de Liaququ brûlait le pont du navire et les deux hommes qui s'y trouvaient, mais des années de travail dans le grand espace avaient donné à leurs peaux une couleur marron foncée et ils ne craignaient plus rien des implacables rayons du soleil. Les marins se protégeaient automatiquement contre le cancer en prenant une multitude de neutralisants d'allergène pour pouvoir rester actifs dans toute une variété de mondes.

Il avait été ravi de revoir son ami. Ils ne faisaient plus tout jeunes et ils avaient tous deux des fonctions qui imposaient de lourdes responsabilités. Il était toujours opportun de se détendre. Ils avaient attrapé trois gros poissons ce jour-là : Jolius en avait pris deux, mais sa prise était la plus grosse. Les couleurs rouge vif et orange des poissons miroitaient au soleil. Lors d'un barbecue impromptu sur la plage, la chair succulente des poissons avait couronné une journée magnifique et la nuit ils avaient capés à la belle étoile.

Accompagnée de quelques amis, la femme de Jolius était venue en voiture à leur rencontre. Ils avaient ouvert quelques bouteilles d'Old Nova et avaient chanté des airs anciens tard dans la nuit. Les vacances s'étaient bien passées bien qu'ils n'aient pêché qu'un seul jour. Le lendemain, les indigènes avaient pénétré dans le périmètre de la ferme, et il avait fallu mettre fin à toutes les activités touristiques. L'Amiral et le commandant de la flotte avaient dû retourner presque immédiatement à leurs postes, mais il était bon de savoir qu'ils étaient restés amis.

L'Amiral Flaggherty scruta le ciel chaud, une brise légère lui caressa la joue. Les rayons du soleil semblaient blafards par comparaison à l'état actinique d'un blanc F chaud comme Liaququ, mas d'un certain côté il avait l'air « juste », comme si l'ancien soleil de la Terre n'était qu'une mémoire enterrée tout au fond de la conscience de chaque être humain, quelle que soit la planète où ils avaient grandi. De même, le vert profond des oliviers parsemés tout autour de l'amphithéâtre semblait exsuder une bonne santé naturelle qui manquait parfois aux plantes de la Terre sur de nombreux autres mondes. Il ne faisait aucun doute que la Terre était une planète confortable. Flaggherty était toujours content de revenir au foyer de l'humanité.

Il n'avait pas été si heureux la première fois qu'il était revenu sur Terre. C'était après son premier voyage dans l'espace, juste après son admission dans la marine. Le voyage vers l'Empire s'était bien déroulé et l'ambassadeur était arrivé à bon port avec tout le faste voulu et une démonstration appropriée de leur force militaire. Selon les rumeurs qui circulaient à bord, l'apparition d'un croiseur flambant neuf de la Fédération avait joué un rôle important dans certaines négociations de terrains entre la Fédération et l'Empire.

Cela n'avait pas rassuré le jeune Derek Flaggherty qui dès qu'il eût mis les pieds sur le sol de la Fédération, avait presque dû comparaître devant le Conseil de Guerre. Le service secret l'avait accueilli à sa descente du Spirit if Amenitris et l'avait soumis à une interrogation serrée. Il avait été libéré au bout de deux jours sans inculpation, quand il s'était avéré que ses contacts avec l'espion de l'Empire avaient étaient vraiment insignifiants.

Ce n'était que par pur hasard quand il avait remarqué la jeune fille qu'il connaissait sous le nom de Sophie Redbridge dans une base navale sur Démocratie dans le système Zeaex. La région avait été et était probablement toujours l'un des systèmes les plus chaudement contestés. La présence d'un espion de l'Empire au coeur même de la structure de commande de la Fédération provoqua un remous mémorable. Il avait eu de la chance qu'elle se dirige dans une autre direction et qu'elle ne l'ait pas vu. Il avait pu avertir le service secret et l'identifier, puis il avait laissé les Féds régler le problème à leur manière.

Il devait bien reconnaître que c'était probablement la première grande chance de sa carrière car non seulement cela avait effacé la flétrissure de sa réputation inscrite dans son dossier, mais cela lui avait aussi rapporté quelques articles favorables dans la presse. Après plusieurs promotions en grade, et une fois le niveau de son certificat de sécurité nettement améliorer, il put étudier le dossier Redridge. Il n'avait pas été autorisé à le sortir de la pièce qui contenait un écran de haute sécurité. Un moniteur de télévision en circuit fermé était soigneusement placé pour qu'il soit obligé de rester dans le champ du faisceau clignotant rouge de la caméra, ce qui permettait de le tenir en surveillance constante. Par contre l'écran de haute sécurité était transparent pour les gardes qui le surveillaient.

La découverte des techniques de l'Empire pour mettre en défaut les empreintes ADN avait été une révélation pour les chercheurs de la Fédération, et il ne savait pas comment la sécurité avait était resserrée depuis cette époque. Il n'y avait pas eu de changements visibles des procédures, mais il supposait que des laboratoires avaient dû travailler frénétiquement derrière la scène pour établir des mesures de sécurité supplémentaires. Derek méprisait les connivences et les mystères auxquels il se heurtait de temps à autre. Il préférait nettement les actions franches et se sentait toujours souillé après des échauffourées avec les membres du service de sécurité.

Apparemment, Sophie n'avait pas été arrêtée, mais utilisée pour canaliser de faux renseignements dans l'ensemble de l'Empire. Derek était soulagé de lire cette dernière conclusion. Même maintenant, il la respectait d'une certaine manière. Elle avait élu de suivre une carrière dangereuse et il ne pouvait pas la considérer comme une traître. Après tout, quoi que l'ordinateur puisse avoir sur elle, ce n'était pas vraiment une citoyenne de la Fédération. Mais il était vraiment soulagé qu'elle ait été découverte et si efficacement neutralisée.

Il se rendit compte qu'à la chaleur du soleil méditerranéen, il s'était doucement assoupi. Il était presque tombé de sa chaise. Franchement, ça n'allait pas ! Il jeta un coup d'oeil sur la palette bigarrée des heureux parents et vit, dans un coin, l'arrivée d'une équipe vidéo, qui s'asseyait sur le sol dans leur skimmer de diffusion extérieure. Apparemment, sa présence était assez importante pour valoir une mention de trente secondes sur le canal d'actualités local, ou c'était peut-être toujours comme ça, tous les ans lors de la cérémonie d'admission des officiers.

Ayant constaté qu'il y avait encore beaucoup de gens qui voulaient entrer dans l'amphithéâtre, Derek se laissa repartir à sa rêverie.

Si la découverte de Sophie avait blanchi son dossier et l'avait rétabli dans les petits papiers de la marine, sa première grande chance avait été la capture de Darling Hanson. Le pirate opérait près d'Anyeth en même temps qu'il passait par là avec le Spirit of Amenitris. Si ce n'avait été pour la délation de Topaze, ils n'auraient pas rencontré le pirate et sa flottille.

Mais en fait, ils suivaient paisiblement une piste concernant des fourrures de Goldskins et avaient facilement remonté jusqu'à la base temporaire des pirates. Flaggherty était en mission de combat quand ils se heurtèrent aux pirates. Il était donc parmi les officiers qui se battirent avec les pirates, homme à homme et navire à navire. Le combat fut féroce et rapide, mais les vaisseaux individuels des pirates ne pouvaient se mesurer aux Falcons et aux Eagles perfectionnés de la marine. Le vaisseau de Flaggherty avait abattu à lui seul l'un des vaisseaux des pirates et était venu en aide dans la confrontation finale avec Hanson lui-même.

Flaggherty gardait toujours un tapis de Goldskin très usé qui ornait le mur de sa chambre d'apparat dans le Poséidon. C'est étrange comme on trouve des trésors personnels dans les lieux les plus étranges. Il avait confisqué la fourrure de la salle de commande du propre vaisseau de Hanson, lorsqu'il avait accepté que Hanson se rende après qu'il se soit réfugié dans sa cosse de sauvetage. Cet engagement contre les pirates avait valu à Flaggherty sa première promotion en action et avait à nouveau confirmé son engagement dans la marine.

Le faible ronronnement d'une sphère vid flottante interrompit le fil de ses souvenirs. Il plana à environ six mètres au-dessus du sol, pivotant lentement dans sa propre turbulence. Il remarqua qu'il y avait cinq enregistreurs qui couvraient la cérémonie, flottant discrètement au-dessus et autour de la foule attroupée. Les opérateurs étaient rassemblés autour des rangées d'écrans de moniteurs sillonnés de fils et de cordons de liaisons de fibres optiques et d'émetteurs à micro-ondes. Les segments d'émetteurs pour satellites qui ressemblaient à des pétales se déroulèrent à l'arrière de l'équipe vid. De toute évidence, il ne s'agissait donc d'une transmission locale. En plissant les yeux, Derek put deviner le logo de l'un des membres de l'équipage. C'était une mécanicienne d'Aymiay ? Bien sûr, il ne fallait pas oublier qu'ils célébraient l'admission au grade d'officiel de l'héritier le plus riche du système, le fils de Mme Marlbron.

Il se commémora ses propres premières interviews. Il avait été paralysé de terreur par la présence de la caméra et avait balbutié tout au long d'interviews éreintantes en bégayant et en se trompant. Au fur et à mesure que son succès grandissait et qu'il montait en grade, il en vint à détester les reporters vid qui n'étaient que des chasseurs de nouvelles à sensation, plus rapaces qu'un itorilleta. Sa première expérience avec un bon journaliste avait été celle avec Walter M'banwe juste au moment où celui-ci se faisait une réputation en tant que journaliste et reporter à la pige.

M'banwe s'était joint à un raid sur une usine de synthèse de drogues basée sur un astéroïde du système Daurila. Le reporter avait réussi à le mette à l'aise et son contrôle habile des caméras vid avait été complètement discret. Pendant deux jours, tout en se rapprochant de la base des pirates, les deux hommes échangèrent des histoires et des anecdotes, mais au moment de la confrontation M'banwe sembla disparaître de vue. A ce moment là, Derek qui avait obtenu le grade de Commander de la flottille, craignait surtout d'être gêné par un personnel n'appartenant pas à la marine, mais ses craintes ne s'étaient pas matérialisées.

Quand ils avaient dû atterrir sur l'astéroïde pour terminer l'opération de dégagement, M'banwe les avait rejoints, en ramenant une mitraillette et des dispositifs de surveillance. Par la suite, il avait raconté à Flaggherty quelques-uns des exploits de chasse qu'il avait accomplis, et une ferme amitié s'était développée entre eux. Personne ne fut plus ravi que Derek lorsque M'banwe remporta la prestigieuse Altair pour son documentaire sur le raid. Derek avait encore quelque part dans ses affaires personnelles une copie autographiée de la vidéo originale.

La capture de Darling Hanson et le démantèlement d'une dangereuse opération de stupéfiants avaient été des moments forts de la carrière de Derek, mais toutes les opérations n'avaient pas été aussi fascinantes ni aussi concluantes. Il avait encore les oreilles qui lui brûlaient, rien qu'au souvenir de l'échec total de sa mission quand il s'été porté au secours des Gardiens du Free Spirit. Il avait capté des messages d'urgence pendant qu'il était en patrouille, arborant le drapeau de la Fédération.

Le canal des appels de détresse diffusait un message, faisant une liste de crimes et de catastrophes épouvantables. Toute la flotte avait été rappelée des bords frontières du système et s'était lancé à la poursuite de l'agresseur. Les Gardiens continuaient de faire une liste interminable d'accusations et de malédictions, réclamant un châtiment pour tous les délits commis par le vaisseau en fuite. Derek s'était demandé ce qu'au nom du ciel, le pilote avait imaginé ce qui allait se passer quand il remarqua les cinq vaisseaux de la marine de la Fédération le poursuivant à toute vitesse.

Dès le début, le Iolanthe avait sauté du système, mais le Capitaine devait ignorer que les navires de la marine étaient équipés de radars de poursuite. Ils entourèrent bientôt le vaisseau-cargo et Derek s'était préparer à engager toute sa force de combat, mais le vaisseau s'était rendu sans faire de couic. Après avoir fait le tour du vaisseau du risque-tout, il ne fut pas surpris de sa rapide capitulation. Il était étonné que ce vieux rafiot ait pu décoller, et encore plus fait un saut dans l'hyperespace.

En fait, il demanda à ses ingénieurs de réparer le vaisseau du Capitaine Jupiter avant qu'ils retournent à la colonie religieuse. Lorsque Flaggherty entendit les chefs d'accusation retenus contre Jupiter, il sortit du tribunal très en colère. Il ne se mettait pas souvent en colère, mais l'air ostentatoire de piété qui se dégageait des vénérables de l'église l'avait exaspéré. A la fin, il avait menacé de détruire lui-même le dôme de la colonie s'ils ne relâchaient pas l'Iolanthe.

Il avait perdu plusieurs jours et d'innombrables crédits de la Fédération à demander à cinq vaisseaux de se mettre à la poursuite d'un petit marchand de deux sous qui voulait faire réparer son distributeur de café ! Il avait même réussi à trouver un distributeur à café de réserve sur l'un de ses vaisseaux, et il l'avait remis au Capitaine Jupiter qui en avait été bien soulagé. Comme il l'avait remarqué à ce moment-là, un homme qui peut avaler le café de la marine ne peut pas être complètement pourri.

La grande chance de sa carrière était arrivée le jour de la destruction des opérations pirates de vente d'esclaves sur la Forteresse Cousens, qui tournait en orbite autour de la Nouvelle Californie dans Epsilon Eridani. Phildop IV, le « prince bleu », donnait des pots de vin aux fonctionnaires de la Corporation pour le laisser établir un empire de ventes d'esclaves basé dans la station orbitale. L'opération elle-même n'était pas illégale, car la station ne tombait pas sous le coup de la législation de la Fédération, mais lorsqu'il commença à étendre ses activités à d'autres mondes proches de la Fédération, la marine avait pu intervenir.

Derek Flaggherty avait des idées bien arrêtées sur l'esclavage et il avait poursuivi Phildop jusque dans l'Empire. Le pirate avait essayé à plusieurs reprises de lui résister. Il avait même fait appel à d'autres groupes qui s'étaient établis en cartel à un certain moment et avaient menacé de former une marine pirate. C'est Derek qui avait été chargé de démanteler leur flotte avant qu'elle ne constitue une véritable menace. Sa confrontation finale avec les chefs pirates qui avait eu lieu dans leur croiseur avait enflammé l'imagination du public. Elle avait fait l'objet d'une mini-série sur le circuit vidéo de la Fédération.

C'est cette opération, étayée sur un palmarès ininterrompu d'exploits couronnés de succès qui lui avait valu sa promotion d'Amiral alors qu'il était encore très jeune. Il espérait avoir bien rempli son rôle. Il y avait bien longtemps qu'il avait reçu ses galons et maintenant il était au sommet de la hiérarchie. Il aurait voulu pouvoir passer plus de temps dans les profondeurs de l'espace, au lieu d'avoir à assister à ces cérémonies sempiternelles. Et ces saletés de col, pourquoi est-ce qu'ils vous coupaient le cou, comme ça ? Il avait décidé de longue date qu'il devait être allergique aux réunions diplomatiques. Si seulement il avait pu boire une petite tasse de café pour se calmer les nerfs.

Lester Marlbron fixait avec une admiration non dissimilée l'homme assis sur le podium à l'avant de la scène. Quel privilège de rencontrer celui qui avait été responsable de la défaite du prince bleu. Il se souvenait encore du jour où son oncle Kharon s'était mis à danser de joie autour du salon lorsque les opérations du pirate avaient été anéanties. Son oncle ne parlait pas beaucoup des années qu'il avait passées en captivité, mais l'humiliation qu'il avait ressentie pendant cette époque s'était incrustée dans son caractère, et l'esclavage était certainement l'une des choses que Lester était bien décidé à combattre.

Son coeur se remplit de fierté en pensant qu'il allait recevoir ses galons des mains du héros d'Iohoay. Quand il était adolescent, il avait lu les exploits et les équipées de l'Amiral. Dès le début, il avait choisi l'Amiral Flaggherty comme modèle d'un officier idéal de la marine. Il se cala sur le gradin de pierre, le dos bien droit et essaya de se concentrer totalement. La cérémonie allait commencer. Les derniers spectateurs prenaient place dans l'amphithéâtre et les caméras qui couvriraient les premiers gradins et la scène étaient toutes installées dans des endroits discrets. Il ressentit une douce chaleur de satisfaction envahir tout son être. Dans deux heures au plus, il ferait totalement partie de la marine. Cette perspective le remplissait d'orgueil.

Il dévisagea plus attentivement les autres hommes assis sur l'estrade. Les deux contre-amiraux et l'ambassadeur de Lunar semblaient frais et dispos, impatients de commencer les formalités par de brefs discours, mais il se passait quelque chose. L'un des diplomates de moindre importance qui assistait à cette fonction et qui était assis à côté de l'Amiral Flaggherty lui donnait une petite bourrade. L'Amiral n'avait pas pu s'endormir ? La fanfare soudaine des trompettes éclata pour annoncer le début de la cérémonie. D'un sursaut coupable, l'Amiral Flaggherty se secoua pour se mettre au garde-à-vous avec le reste des personnalités alors que les premiers gradués s'avançaient pour recevoir leur diplôme d'honneur.