Accident Vasculaire Cérébral
Ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

Lorsqu'un plan marche comme prévu
(David Massey)

Lorsqu'un plan marche comme prévu Sophie Redbridge surfait en rasant vers le sable, sa planche pneumatique accrochée fermement à ses pieds nus, alors que l'écume fine venant de la mer de Topaz éclaboussait son visage. Elle regarda autour d'elle les visages souriants des surfeurs et se permet, au passage, un coup d'oeil à la réflexion de l'éblouissement blanc bouillonnant de Facece dans les eaux mauves en-dessous. Une vague énorme commença à se former sous elle et elle se prépara à la monter vers la rive dans le lointain...

Le réveil fit intrusion dans sa conscience avec un vacarme strident. Elle se retourna dans le coussin d'air et tâtonna à l'aveuglette à la recherche de la région à tuer. Sa main sauvage battant l'air se trouva enfin au-dessus du minuteur et, comme son rayon laser invisible fut interrompu, le réveil s'arrêta et la litanie du matin commença.

« Bonjour Sophie, c'est l'heure de se lever. On a besoin de toi au bureau aujourd'hui. Importante réunion du conseil pour toi. N'oublie pas le supplément de protéine aujourd'hui et c'est l'heure de vérifier encore les tableaux d'affichage... ». La voix informatique douce et incessante continua à conseiller et à cajoler Sophie hors de son sommeil, répétant ses messages une deuxième fois au cas ou ils n'auraient pas été entendus la première fois. Elle avait commencé une troisième répétition avant que le bras balançant ne réussisse à arrêter le circuit. Le silence retomba dans la pièce, le seul son étant la susurration de la climatisation et les bruissements normaux d'un corps qui se réveille. Négligemment Sophie se demanda pourquoi elle avait rêvé de ses jeunes années sur Facece. Tout soupçon qu'elle avait grandi dans l'Empire ne serait pas le bienvenu dans son travail. Elle ne pouvait pas se permettre de faux pas.

Le réveil consistait d'une interface d'ordinateur et était programmé pour faire la liste des évènements de la journée enregistrés par l'occupant. Il répétait quatre fois puis sonnait l'alarme une deuxième fois s'il n'y avait pas eu de réponse avant. Il ne marchait que lorsqu'il y avait quelqu'un dans la pièce et, s'il n'y avait aucune interruption après la deuxième alarme et la deuxième séquence de messages, il appelait automatiquement la sécurité de l'immeuble et l'équipe médicale. Lorsque vous payez un loyer dans un appartement comme celui-ci, vous pouvez vous attendre à ce qu'on s'occupe bien de vous. Les agressions fortuites dans des immeubles protégés étaient extrêmement rares, mais il fallait mieux être prudent.

L'ordinateur prit note de la routine normale du réveil. La douche était prête à la température préférée de l'occupant. Le petit déjeuner était prêt lorsqu'elle franchit la barrière d'air dans la pièce principale et une sélection de vêtements propres était étalée à la place du lit. Certaines personnes préfèrent une projection holographique d'un matelas à l'ancienne mode sur le champ pression, mais Sophie aimait l'illusion de dormir dans l'espace, donc l'ordinateur fournissait cela à la place.

« OK, déverse ! » dit-elle avec brusquerie, tout en buvant une tasse de thé Oolong sans lait et grignotant un petit morceau de toast. L'ordinateur commença à détailler l'itinéraire de la journées ; Réunions d'affaires, déjeuner, invités officiels à reconnaître et toute une série d'autres détails mineurs. Dans une fente du mur arriva le courrier du jour, un paquet d'engrais inhabituel qu'elle plaça dans un grand sac à main. Le fait que le réseau d'ordinateur central de la Terre lui laissait rassembler cette combinaison particulière de protéines et de minéraux l'avait toujours amusé.

Comme elle s'affairait aux dernières préparations avant de partir pour le bureau, elle activa le lien avec le tableau d'affichage et regarda, avec des yeux de myope, les lignes vertes pendues dans l'air, devant la boîte grise de l'interface de l'ordinateur. Comme elle scrutait rapidement les annonces, une d'entre elles retint son attention et elle la fixa avec une mine renfrognée qui aurait surpris ses supérieurs. Ils auraient été encore plus surpris s'ils avaient su ce qui avait attiré son regard et bien plus inquiets s'ils avaient réalisé ce que cela signifiait pour elle.

L'article offensant était une annonce de « demande », quelqu'un cherchait un collier de platine incrusté de rubis. L'aspect important était les rubis. Des émeraudes auraient signifié qu'il n'y avait pas de changement et des saphirs une réunion urgente. Des rubis lui disaient qu'on la retirait de la scène. Sophie se demanda ce qui n'allait pas et pourquoi on lui retirait le tapis sous les pieds. Elle était talentueuse dans son travail et elle avait infiltré le système du gouvernement de la Fédération sans problème. Autant qu'elle sache personne ne la suspectait d'être un espion pour l'Empire. Bien sûr, s'ils étaient bons, elle ne le saurait qu'après avoir été arrêtée et inculpée.

A partir du message codé, elle savait que son retrait serait effectué dans l'ordre ; Une échappée d'urgence aurait utilisé un autre code. Elle avait encore quelques jours de grâce et tous les plans d'urgence pour une sortie sans problème tomberaient en place. La meilleure chose à faire aujourd'hui était de continuer la routine habituelle, écouter les derniers commérages et puis mettre la machine de déménagement en marche.

Sophie n'était pas une fille à paniquer. Elle finit son petit déjeuner très à l'aise et fit une dernière vérification de la pièce avant de partir pour le bureau. La seule incartade à la routine eut lieu lorsqu'elle se retourna dans la salle de bain et brisa une petite ampoule en plastique sous son nez et respira profondément. Elle sortit de l'appartement d'une façon normal avec un but précis et en toute désinvolture jeta les moitiés de l'ampoule dans une poubelle en passant devant le garde, cachant l'action avec un éternuement.

Lorsqu'elle atteint le bureau, son nez était douloureux et l'éternuement et la toux devenus plus prononcés. Le sergent la regarda avec inquiétude.

« Bonjour mademoiselle Redbridge ! ». L'accueil du garde était le même que les autres jours, pas d'indication d'une arrestation soudaine. Sophie s'était légèrement inquiétée pendant son court trajet pour venir travailler, mais tout semblait être normal et les Feds n'allaient pas se refermer sur elle immédiatement. Le garde s'approcha d'une petite fente dans son bureau à côté de lui.

« Je suis désolé, mais il y a un autre contrôle intermittent, mademoiselle, si cela ne vous dérange pas ! ».

« Non, c'est d'accord Charlie, je suis toujours la même ! ». Sophie glissa son index gauche dans l'ouverture et ressentit la pression légère lorsque l'échantillonneur automatique prit une goutte de sang pour l'analyse. « Cela ne fait presque pas mal du tout ! ».

« Je peux l'embrasser pour le réconforter quand vous voulez ». Charlie sourit avec un regard concupiscent exagéré. Sophie était certainement une des plus jolies de l'équipe supérieure et elle rit bien naturellement de la plaisanterie habituelle. L'ordinateur de bureau fit clignoter une lumière verte, une sonnerie retentit et les portes de sécurité s'ouvrirent. Sophie avança avec une démarche sensuelle et envoya, par-dessus son épaule, un baiser au garde.

« Ne jamais faire confiance à une machine », pensa-t-elle comme elle avançait à grandes enjambées dans le couloir, faisant des signes de tête aux connaissances et aux amis. « La Fédération sait peut-être comment faire des ordinateurs et des machines extraordinaires, mais elle serait vraiment en colère si elle savait comment nous bernons leurs empreintes digitales ADN ! ». Son enjambée acquit un peu plus de légèreté alors que son humeur s'améliorait. Elle était impatiente de profiter de la journée à venir, une dernière chance pour rassembler un peu plus de renseignements utiles pour ses patrons, là-bas dans l'Empire.

Sophie était, comme d'habitude, la dernière à quitter son étage de l'immeuble. De temps en temps, le personnel travaillant pour elle se demandait pourquoi elle était si fière des plantes dans les bureaux et pourquoi elle passait tant de temps à s'en occuper. S'ils avaient réalisé l'importance des buissons pour ses autres activités, les collègues de Sophie auraient été époustouflés, pour ne pas dire outragés. Frappant à regarder, agréable à sentir et remplissant le bureau d'un sentiment non-terrien, le décor du bureau faisait plus pour le rassemblement de renseignements que les rares incursions de Sophie dans les dossiers du Président.

Sophie avait introduit petit à petit les arbustes dans les pièces, commençant avec un petit sur son propre bureau. « C'était un cadeau de mon frère », était l'explication qu'elle donnait à quiconque montrait de l'intérêt dans la plante gazouillante. En quelques mois, tous les bureaux de l'étage avaient une des « plantes murmurantes », et puisque seul Sophie semblait avoir le talent de leur assurer une croissance en bonne santé, elle entreprit rapidement de les nourrir et de les arroser toutes. Les « plantes » étaient importées de Quphieth et étaient de véritables créatures étrangères. Bien sûr, dans ce cas « plante » et « animal » n'étaient pas les termes exacts et la créature était une des espèces carnivores de cette planète. Elle était immobile et utilisait couleur, odeur et son pour attirer sa proie. En même temps, elle pouvait photosynthétiser et ainsi rester sans manger pendant de très longues périodes. Un petit peu de bricolage génétique avait suffit pour en faire une plante espion parfaite.

Sur sa planète natale, l'arbuste murmurant pouvait imiter les appels des mobiles locaux, des oiseaux et des mammifères. Les forêts et les champs de la planète étaient remplis de sons et de couleurs vives, des imitations bizarres se mélangeant aux appels des oiseaux. Les visiteurs humains étaient fascinés par une plante en pot qui pouvait imiter les conversations comme aucun perroquet, né sur Terre, ne pourrait jamais le faire. Sophie se demanda qui était l'agent astucieux de l'Empire qui avait remarqué le potentiel de ces créatures pour l'espionnage.

Alors qu'elle passait de bureau en bureau, utilisant un passe fourni par son chef de section, elle regarda une dernière fois ses valeureuses alliées. Chacune était dans un pot séparé, à peine 20 centimètres de haut, mais un buisson géant de deux mètres était placé au bout de la salle de conférence principale. Chaque étrange créature avait la même forme : Un tronc épais, assez court, avec une bordure de plumes bleu-vif dépassant à l'horizontale d'environ la moitié de la hauteur du tronc, puis une masse de feuilles d'un rouge éblouissant d'au moins deux fois la longueur du tronc finissait le tout.

A la base des feuilles se trouvait un orifice d'alimentation et, dans certain cas, un petit animal pouvait être pris au piège dans la cime de la plante et tiré à l'intérieur. Autrement, les insectes pouvaient être « avalés » lorsqu'une feuille se repliait simplement sur sa longueur, formant un tube étroit. Tout le long du tronc se trouvaient de petites ouvertures, qui pouvaient produire la variété de sons qui donnait à la créature son nom. La grande attraction pour le personnel était les appels de fond que la plante produisait sans arrêt une fois mise sur Terre.

A chaque plante, Sophie s'arrêtait et posait avec le pouce un petit appareil d'enregistrement, avant d'introduire un peu de la nourriture spéciale livrée à l'appartement ce matin. Au toucher des molécules adaptées, le gazouillement de la plante murmurante changeait de ton. Au lieu des appels de fond du lointain Quphieth, l'air se remplit de ma conversation assourdie du personnel de bureau ; Sophie allait envoyer l'enregistrement à son contact régulier, une personne qu'elle n'avait jamais vue et qu'elle ne verrait maintenant jamais, qui déchiffrait le mélange de voix et des sujets et qui trierait et dégagerait les renseignements utiles.

Sophie aimait ses plantes murmurantes, elles étaient sans doute le point fort de sa mission sur Terre. Chaque arrivée dans l'immeuble était examinée à la recherche de magnétophones, les médias enregistrant étaient rigoureusement contrôlés et avant chaque réunion importante la pièce était dépistée contre les micros. Personne n'avait jamais pensé à enlever l'arbuste des sessions secrètes, ou que les magnétophones normaux de bureaux pouvaient être utilisés à d'autres fins lorsque personne ne regardait. Il était facile d'introduire ou des sortir des médias enregistrant en plus, tant qu'ils n'avaient aucun magnétophone avec eux. Sophie et ses alliés avaient des enregistrements presque complets de chaque conversation et réunion qui avait lieu sur son étage du complexe, durant les trois dernières années. Quel dommage de devoir leur dire à toutes au revoir.

« Bonsoir, Mademoiselle Redbridge », dit Charlie alors qu'elle quittait l'immeuble. « Vous devriez voir un docteur pour ce rhume vous savez ». Plusieurs personnes au bureau avaient montré, pendant la journée, une inquiétude similaire concernant le rhume de Sophie. Bien que le rhume commun terrien ait été guéri depuis longtemps, des allergies et des microbes venant des colonies, permettaient de garder un flot constant de maladies bénignes avec les symptômes d'éternuement et de nez qui coule. C'était sérieux et cela devait être examiné et guéri.

« Je n'y manquerai pas ». Elle renifla en franchissant les portes et se retrouva dans l'air de la nuit. Sophie savait qu'elle n'avait pas à s'inquiéter de l'infection. Elle savait déjà ce que c'était, puisqu'elle l'avait respirée ce matin en cassant l'ampoule. La maladie était simplement une des étapes à prendre pour assurer un retrait facile de la Fédération. Elle n'avait aucune illusion sur sa propre importance individuelle, mais il y avait beaucoup de renseignements sur les techniques de l'Empire dans sa tête. Elle avait l'intention de les garder exactement où ils étaient.

Les microbes envahissant son système produisirent une large gamme de symptômes de maladie courante mais ils ne firent rien pour embrouiller ses pensées. Ayant l'air, aux yeux du monde entier, d'une grande « victime de la grippe », Sophie rentra dans son appartement et envoya un message codé pour une équipe médicale. Ils arriveraient d'ici une heure et elle avait quelques dernières présentations à faire avant de partir.

Son premier arrêt fut la salle de bain, où elle vida un de ses parfums dans le lavabo. C'était dommage de s'en débarrasser, mais c'était trop compromettant pour le transporter. Elle avait très peu utilisé son optimiseur de phéromone pendant les cinq ans de son travail assigné, juste assez pour attirer quelques hommes très importants qui avaient énormément aidé sa carrière. Le chantage ou quelque chose d'aussi sordide n'était pas nécessaire. Une fois piégés par quelques gouttes du « parfum » dans une boisson, ils étaient vraiment prêts à l'aider de toutes les façons possibles et imaginables.

« Et ce jeune lieutenant avait eu l'air si prometteur », songea-t-elle alors que le fluide s'écoulait dans le lavabo. « Je dois envoyer un message au garçon. Je ne pourrai pas être au rendez-vous ce soir ». Les dernières gouttes du liquide tournoyèrent dans le lavabo, elle rinça la bouteille et la remplit à moitié avec du parfum plus conventionnel. Il lui faudrait synthétiser plus de phéromone pour sa prochaine mission.

Une demi-heure plus tard on sonnait à la porte et elle faisait entrer l'équipe médicale. Le docteur fit un examen rapide pendant que le garçon de salle et l'infirmière attendaient. Les règlements de l'union insistaient sur une équipe médicale de déplacement de trois et l'Empire allait les mettre à bon usage. Après son bref examen, le docteur tourna son attention vers le terminal informatique de Sophie et fit prendre note à l'appartement de trois jours de repos au lit et d'une série de médicaments pour guérir la maladie diagnostiquée. Il y eut une soudaine poussée d'activité comme la patiente était mise au lit et le premier des médicaments administré.

Tous les ordinateurs d'appartement contrôlaient continuellement l'activité dans les pièces. Les fiches informatiques étaient admissibles comme preuve dans les tribunaux de la Fédération, mais un abus de tels renseignements par des officiels n'étant pas du gouvernement était un crime sérieux. Dans ce cas, l'échange entre Sophie et l'infirmière fut effectué devant l'ordinateur, mais ses sens ordinaires ne pouvaient pas faire la différence entre les deux.

En fait, il aurait fallu un observateur très talentueux pour remarquer les différences subtiles entre les deux femmes. Une était un peu plus trapue, une avait des racines de cheveux artificielles, autrement elles étaient identiques. Cela n'était pas surprenant, puisque dès que l'infirmière était arrivée dans le pénitencier à esclaves il y a cinq ans, l'apparence de Sophie avait été chirurgicalement modifiée, suffisamment pour les rendre identiques. Seule une empreinte digitale génétique pouvait les différencier et la fiche génétique de Sophie, qui se trouvait au Ministère où elle travaillait, était celle de la fille maintenant couchée dans son lit.

La dernière opération sur Sophie, avant son introduction sur Terre, avait été de remplacer le bout de son index gauche avec une copie dérivée d'un des doigts de pied de l'esclave (et l'amputation d'un de ses doigts de pied en même temps, pour que les deux filles gardent les mêmes signes particuliers). C'était un des triomphes des ingénieurs biologiques Impérieux de pouvoir garder en vie un élément artificiel, sans être du tout rejeté par son receveur. La Fédération était fière de sa miniaturisation électronique et mécanique, mais elle était loin derrière l'Empire en ce qui concernait les talents biologiques. Sophie avait presque ri aux éclats chaque fois que la vérification de sécurité avait été faite. L'emprunte digitale génétique assurait que personne ne puisse infiltrer le système de sécurité. C'était très bien, tant que personne n'avait deux empreintes digitales !

Le double de Sophie avait été suspendu dans un coma provoqué par une drogue pendant cinq ans, sa mémoire périodiquement mise à jour avec des versions censurées des activités de Sophie. Lorsque la fille sur le lit se serait remise de sa petite maladie, elle reprendrait « son » travail au Ministère, apparemment sans un arrêt. Sophie se demanda si elle ferait du bon travail - au moins son temps comme esclave de l'Empire était fini. C'était beaucoup d'effort, semblait-il, pour protéger un simple agent secret, mais les techniques avaient été perfectionnées sur de nombreuses décennies et maintenant tous les agents avaient au moins un double de couverture « entreposé au chaud ».

Les quelques jours suivants furent passés à mettre au point sa disparition de la Terre. La première chose que fit Sophie fut de mettre un message sur le tableau d'affichage, juste une des nombreuses « requêtes de passager ». Sa conversation avec le docteur avait suffit à la convaincre que les Feds étaient plus près qu'elle ne pensait et son idée d'origine de partir à bord d'un liner commercial semblait moins promettante. En tant qu'espionne avec une formation, Sophie savait que les ordinateurs de la Fédération pouvaient être très sophistiqués et que leurs recherches pouvaient être très poussées si l'alarme était donnée. Bien que Sophie fût certaine que sa fiche d'ADN était complètement inattaquable, il y avait toujours un petit doute. Sa devise avait toujours été « pourquoi prendre des risques ? », et elle était déterminée à la garder. Son ADN devait être pris le moins de fois possible et il y aurait moins de risques que quelque chose ne tourne mal - tous les vols commerciaux réguliers étaient enregistrés automatiquement à des fins d'assurance.

Les fiches d'ADN de tous les voyageurs étaient gardées pendant soixante quinze ans ou plus dans le dossier central, mais leur accès était contrôlé avec soin. Cependant, une recherche de grande envergure pour un agent de l'Empire serait suffisante pour obtenir accès à ces renseignements. Certains ordinateurs principaux de la Fédération étaient suffisamment intelligents pour faire des sauts d'intuition apparente et pourraient faire le lien entre sa nouvelle identité et l'ancienne, même si elle avait pris toutes les précautions nécessaires. Mieux vallait être trop prudente, - si elle pouvait trouver un négociant approprié, elle pourrait peut-être éviter de s'inscrire pour une vérification complète d'ADN, utilisant un appareil à bord d'un navire au lieu de l'appareil commercial normal utilisé pour les inscriptions de vol liner.

Pendant que ses cheveux reprenaient leur forme et leur couleur naturelles, elle envoya des messages à deux contacts. C'était deux jeunes modèles, avec une forme et une taille suffisamment proche de la sienne pour déconcerter, mais ans aucun lien avec l'Empire. Elles avaient été contactées par une agence et elles pensaient être en chemin pour passer un entretien sur des planètes proches. Peu d'actrices voyageaient sur d'autres planètes pour une audition, du moins tant qu'elles n'étaient pas « très connues », mais puisque leurs billets et les frais étaient payés, il était peu probable que les filles se plaignent. En fait la seule chose qui les énervait vraiment serait un retard pour arriver à destination. Malheur au policier qui essayerait de les retarder un tant soit peu !

Un jour plus tard, Sophie avait reçu trois offres de transport pour Facece, le second système de l'Empire et l'emplacement de la plupart des agences secrètes. Elle en tira une au hasard, choisissant un vieux cargo tramp abimé qui vantait ses services passagers modifiés relativement luxueux. Deux jours plus tard Sophie quittait la Terre sur le Never Too Late. Elle était montée à bord portant son bagage à main et elle souffla de soulagement lorsqu'elle vit le vieil équipement d'autorisation pour l'inscription des passagers.

Le transport de passagers à bord des cargos varie beaucoup d'un bateau à l'autre, d'une petite cage sordide contenant à peine une climatisation adéquate à des pièces fermées somptueuses avec tous les équipements et le confort imaginables. Il n'y avait presque jamais de lien direct avec le reste du navire. Le Nerver Too Late était différent ; Les passagers pouvaient visiter les cales à cargaisons et même communiquer avec le pont. Sophie avait vérifié qu'elle était la seule à faire le voyage pour Facece et elle réussit, en quelques heures, à former une bonne entente avec le Capitaine du vaisseau, même sans sa fiole d'optimisation de phéromone.

Sophie passa les jours suivants à s'agiter, partageant son temps entre les confins luxueux de sa « cabine » et le centre de communication du vaisseau. Sophie fut surprise de se sentir si vulnérable alors que le cargo faisait chemin pour sortir du système solaire. Elle était très consciente que tout vaisseau militaire pourrait rapidement les rattraper et que son arrestation serait chose facile pour tout vaisseau armé. Elle savait sans aucun doute que le Capitaine la livrerait si telle était la demande. Un coup d'oeil à l'équipement du navire lui avait montré qu'il n'était pas capable de distancer ou de se battre contre une sérieuse opposition.

Si le Capitaine était concerné par l'intérêt que sa passagère portait aux informations, il ne le laissa pas voir et il laissa Sophie contrôler les chaînes comme bon lui semblait. Petit à petit son anxiété passa, comme ils s'éloignaient de la Terre et approchaient du point de saut. Il ne semblait pas y avoir de panique sur Terre, aucune calamité « espion de l'Empire » ne fut annoncée et son retrait du gouvernement de la Fédération était passé inaperçu. Comme ils approchaient du point de saut, Sophie se retira dans sa cabine et prit sa dose de quittoline et respira une prière au Dieu qui veillait sur tous les voyageurs du saut. Comme le klaxon intérieur annonçait l'entrée dans l'hyperespace, Sophie remercia son esclave. Elle se demanda pour la première fois si la fille aimerait travailler pour la Fédération autant qu'elle avait aimé conspirer contre elle. Elle se pencha en arrière et se prépara pour le non-temps en hyperespace et comme elle quittait les limites du système de la Terre, elle songea que c'était toujours un plaisir lorsqu'un plan marchait comme prévu.