Accident Vasculaire Cérébral
Ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

L'espoir fait vivre
(Kathy Dickinson)

L'espoir fait vivre « Au lot suivant ! Sortez-moi les plus faibles ! Le Tout-Puissant veut se débarrasser de ce lot ! » Le contrôleur des esclaves, nommé Slatter, cria à un autre. « Bargon ! Ça pue ici, » dit-il en bougonnant tout en jetant un coup d'oeil sur le piètre groupe d'esclaves, cherchant à découvrir ceux qui n'avaient pas l'air d'une bonne occasion - il les enverrait plus tard dans l'espace. On les rassembla dans un enclos. « Redressez-vous, donnez-vous un air présentable ! Faites voir que vous valez mieux que de faire de l'engrais ! » Slatter se retourna vers Ham qui faisait sortir un esclave de la foule ; Ça faisait cinq rejets en tout. « Comment est-ce qu'on peut faire des bénéfices quand la moitié expire en route ! Qu'est-ce qu'il a, celui-là ? »

« Trop petit, » répondit Ham. Il portait la blouse marron réservée aux gérants des esclaves qui s'occupaient du stock. Il se sentait mieux protégé contre la vermine qu'ils soi-disant étaient. Il était ironique que comme les esclaves avaient la tête rasée et qu'on les arrosait tous les jours pour les laver, il était en fait plus sale qu'eux.

Cinq, c'était de trop. Slatter décida de les examiner lui-même. « Il est peut-être petit, mais il est fort - remets-le dans le tas. » Il scruta les autres. « Hum, je suppose que c'est vrai. On ne peut faire confiance à personne de nos jours, ils essayent toujours d'y glisser des éclopés. »

Ham empoigna l'esclave DB115 à plein corps pour le jeter dans l'enclos, rien que pour prouver qu'il avait raison. Comme il était jeune et habitué à ce genre de traitement, DB115 fit une roulade en atterrissant pour ne pas se faire mal, ce qui fit plaisir à Slatter.

Les fosses à esclaves où les marchands venaient faire de bonnes occasions, n'étaient pas des endroits agréables. Les salons d'accueil qui leur étaient réservés dominaient une scène de saletés et d'avilissement. Les offres se faisaient sur une console. Ils se sentaient justifiés d'envoyer les criminels et les bons à rien de la galaxie faire du travail honnête et de rendre service à l'humanité. Ceux qui savaient d'où venait la majorité d'entre eux ne sentaient rien du tout.

Phildop IV sirotait son verre et contemplait le lot numéro quatre dont faisait partie DB115. « Ce lot m'a l'air convenable, » pensa-t-il. « Je prendrai ce qu'il y a de mieux et je revendrai le reste au marché noir. » Agacé par les faux bijoux zubliques incrustés sur son front, il tapa son offre sur la console.

DB115 avait été expédié avec ce gang, pour les deux derniers arrêts ce qui devait durer longtemps. Normalement, on ne voyait pas les gens très longtemps. Soit parce qu'ils mouraient pour une raison ou pour une autre, soit parce qu'ils étaient revendus comme esclaves individuels, un destin qui pouvait leur apporter une liberté relative ou un enfer de martyr.

Des rumeurs circulaient que les esclaves étaient envoyés dans l'espace si on le considérait de qualité inférieure. Un homme lui avait dit qu'il avait vu flotter un groupe d'esclaves dans l'espace, tout nus (on réutilisait les uniformes), mais il les avait reconnu à cause du code tatoué sur leurs bras.

Comme il examinait le groupe, DB115 remarqua un grand garçon qui pleurait. « Ne pleure pas, pas ici du moins. Ça donne mauvaise impression, ils vont t'expédier dans l'espace. » DM134 releva les yeux, surpris de trouver quelqu'un qui avait l'air de s'intéresser à lui.

« C'est mon bras, il me fait mail. » La chair brûlée au laser était pleine de cloques et il s'en dégageait une vague odeur caractéristique. C'était, bien sûr, le code que l'on venait de graver sur ce nouvel esclave. DB115 lui serra l'épaule pour le réconforter. DM134 balbutia, « Je ne devrais pas être ici, ils m'ont enlevé. Notre ferme du Camp Hooper a été attaquée par un gang. Ils avaient l'air de venir de l'Empire. Toute ma famille a été prise ou tuée. Ils ont dit que nous étions criminels et maintenant, me voilà ici. » Il jeta un coup d'oeil autour de lui, sur les cages métalliques éclairée de lampes rouges qui donnaient un air de bonne santé aux esclaves blafards. La plupart d'entre eux n'avaient pas l'air d'être des criminels endurcis comme on les décrivait aux mondes. Depuis qu'un certain minéral avait été découvert dans la croûte inculte et désolée de sa planète natale, les querelles n'avaient pas cessé entre l'Empire et la Fédération qui voulaient se l'accaparer. Des hostilités officieuses et mesquines entre les deux côtés éclataient de temps à autre.

Il pouvait entendre au loin un air de musique en provenance des salons, destiné à aider les marchands à se détendre et à acheter. Les écrans au-dessus de chaque cage clignotaient chaque fois qu'une offre était faite et renchérie. DM134 pensa que c'était la fin de sa vie et regarda fixement dans le vide.

DB115 avait déjà vu ce regard de désespoir. C'est ce qu'il avait ressenti lui-même, et ce qu'il ressentait encore de temps à autre. Ceux qui arrivaient à dépasser ce stade, retrouvaient de l'espoir qu'un jour ils seraient libres, ou tout au moins qu'ils appartiendraient à un maître généreux. « Je m'appelle Kharon, » dit DB115. « Et toi ? »

« Welpin. »

Ils se serrèrent la main, et ressentirent un instant un sentiment chaleureux.

Kharon se souvint du jour où on l'avait arraché de chez lui, dans des circonstances différentes de celles de Welpin. Ceux qui présidèrent à sa captivité étaient les Pères de l'Âme Pure, une secte religieuse qui régnait sur sa communauté. Comme il n'avait que dix ans à l'époque, Kharon n'avait pas bien compris ce qui se passait lorsque lui et sa famille avaient dû comparaître au temple sacré. Le prêtre avait déclaré que son père n'avait pas respecté l'Observance, alors sa famille devait être punie. Il s'ensuivit maintes prières et lamentations qui durèrent une heure et dont il ne comprit que quelques bribes car il n'était qu'en cinquième à l'école. Ça serait bientôt terminé, et ils pourraient tous rentrer chez eux, croyait-il. Un défilé d'Hommes Saints en longues robes bleues apparut de la salle sacrée et leur fit un discours. Ils parlèrent de pêchés et d'actes abominables, bien trop de mots pour décrire quelque chose de simple, pensa Kharon. Comme il comptait les têtes sculptées dans le plafond, les mots « fils unique » et « emmené » se glissèrent dans son inconscient, alors il commença à écouter plus attentivement, seulement pour entendre un éloge final en l'honneur de leur Dieu. Deux hommes saints le prirent par les bras et sa mère se mit à hurler. Il retourna la tête et n'eut que le temps de voir le visage rempli de panique de sa soeur Alista, ce fut la dernière fois qu'il vit sa famille.

Le gong qui annonçait la fin des négociations dispersa les souvenirs de la mémoire de Kharon. Le moment était venu de rencontrer son nouveau maître. On les dirigea vers la porte numéro sept et le groupe traîna les pieds dans le tunnel de désinfection d'où ils sortirent en toussant. Leur passage dans d'interminables couloirs ténébreux se termina lorsqu'ils arrivèrent à une rampe pour monter dans la soute d'un vaste galion de pirates où on ordonna au groupe de se rassembler dans l'ordre. D'habitude, un garde-chiourme leur annonçait les règles à suivre et, bien sûr, les punitions, avant que le nouveau stock soit repoussé dans la soute. L'équipage se mit au garde-à-vous quand une porte glissa pour laisser passer un homme corpulent qui marchait de toute évidence avec difficulté à cause de ses chaussures qui lui serraient les pieds. Il portait une tunique et un pantalon bleu métallique, taillés pour une personne moins empâtée. Il avait mis sa casquette assortie sur le côté de sa tête chauve, pour se donner sans aucun doute un air désinvolte, mais elle lui donnait, au contraire, l'air comique. Tous les membres de l'équipage présents purent réprimer un sourire ; Ceux qui par le passé n'y étaient par arrivés, avaient vu la fin de leur carrière ou même de leur vie. Phildop IV se pavana le long de la rangée d'individus hirsutes, puis s'arrêta devant Kharon et se pencha vers lui, si bien que leurs nez se touchaient presque. Un parfum écoeurant envahit ses narines. « Comment t'appelles-tu ? »

« Khar... Er... DB115, monsieur. »

« Comment me trouves-tu ? » demanda le chef des pirates, un sillon creusé dans le front par la frustration que l'on ressent lorsqu'on ne peut pas se gratter en public.

Kharon complètement abasourdi par le spectacle prononça les premières paroles qui lui vinrent à l'esprit. « Très bleu, monsieur. »

Les sourcils du chef des pirates se levèrent d'un centimètre, et Kharon pouvait voir que les faux bijoux zubliques l'irritaient de manière insupportable. Ne pouvant plus se retenir, il tendit la main et le gratta, et lorsqu'il se rendit compte de ce qu'il avait fait, il était trop tard. Pour essayer de sauver la situation, Kharon murmura faiblement : « Une petite poussière, monsieur... Excusez-moi. »

Les sourcils parurent errer d'un côté à l'autre avant de s'arrêter au-dessus de ses yeux qui lui sortaient de la tête. Le visage qui avait complètement rempli son champ de vision s'écarta, et il put alors apercevoir la bouche qui était trop proche pour être visible : Elle souriait.

« Prenez celui-ci ! Et ne vous servez pas de ça », cria-t-il en montrant la sonde magnétique à esclave du garde. Kharon ressentit encore une fois un sentiment de désespoir en se tournant vers son nouvel ami, Welpin, auquel il fit un geste de la main. Comme on le fit sortir au pas de marche, il n'eut pas le temps de lui faire ses adieux.

Il n'y avait qu'un lit et une table dans la petite chambre, un vrai luxe. Peu habitué à ce genre de propreté, Kharon touche les murs et le sol et respira l'air frais à pleins poumons. La porte d'une armoire représentait le seul autre élément de mobilier. Il y avait deux énormes combinaisons bleues à l'intérieur. Le garde lui avait expliqué que c'était la pièce réservée à l'esclave personnel, et qu'il devait porter la combinaison après le lavage. Une sonnerie très forte fut suivie d'une voix électronique qui disait, « Attention au cycle hygiénique ». Soudain, une pluie d'eau tomba du plafond et des côtés. Elle avait une odeur de roses. Encore étonné, il se tenait dans ses vêtements trempés quand la voix lui commanda de mettre son vêtement. Il enleva les siens en toute hâte, et prit l'une des combinaisons qui était glaciale. Il la mit en prenant de grandes respirations lorsque le tissu lui toucha le corps. Dès qu'il eut fini, la tissu commença à se rétrécir au fur et à mesure que l'humidité et la chaleur de son corps l'activaient. Heureusement, la combinaison s'arrêta de rétrécir avant de devenir désagréable, mais le visage de Kharon avait toujours l'air horrifié lorsque le garde entra par la porte en riant.

Ils traversèrent tout un labyrinthe de passages, d'une teinte qui lui devint rapidement familière jusqu'à ce qu'ils arrivèrent devant une porte richement sculptée. Le mécanisme dont le grincement pénible révéla que son poids dépassait les spécifications, tira la porte sur le côté pour révéler une salle de cette couleur tout à fait extraordinaire se partageait entre les verts et les violets du spectre. L'odeur des roses était presque enivrante. Phildop IV assis dans un siège aux ornements grotesques, cria en faisant un geste de la main, « Viens ici ! Discrétion... Discrétion, c'est ta force. C'est pour cette raison que tu vas être mon serviteur personnel, et je vais t'appeler... Hum, » ses yeux se levèrent au plafond pour trouver de l'inspiration, « ... Esclave ! »

Kharon passa le reste de la journée à apprendre en quoi consistaient ses tâches. Il devait goûter la nourriture, préparer des cocktails, prendre des décisions, comme par exemple, quelles teintes il fallait porter un jour particulier. Il reçut un petit dispositif qu'il devait porter nuit et jour et qui permettait à son maître de l'appeler et de le suivre à la trace. A la surprise de Kharon, il était libre de circuler dans le bateau tout entier, sauf dans le centre de commande, liberté surveillée. En tant qu'esclave personnel, il allait se retrouver bien seul, car il n'était pas accepté par les serviteurs ordinaires, ni par les gardes, et il n'appartenait pas non plus au cercle de ceux qu'il servait.

Dès qu'il fut indépendant, Kharon se mit de toute urgence à la recherche du quartier des esclaves. Est-ce que son ami y était encore ? Si ça se trouvait, ils étaient peut-être tous vendus maintenant, mais il avait remarqué que le bateau n'avait pas fait escale jusqu'à maintenant. Le garde-chiourme l'examina, et Kharon se força à demander du ton de voix le plus imposant possible. « Écarte-toi, je dois inspecter les esclaves ! » Ce ne fut pas sa voix aigue qui le fit obéir, mais son grade. Toutefois, Kharon crut que c'était sa voix, et pour la première fois depuis qu'on l'avait enlevé de chez lui, il fut envahi d'un sentiment de bien-être. Un grand soulagement s'empara de lui et il se mit à courir le coeur battant. Les esclaves levèrent les yeux, surpris, le reconnurent et s'avancèrent jusqu'à la limite du champ de réclusion, mais il put le traverser sans être blessé après avoir mis sa main sur un panneau. Kharon leur glissa des friandises qu'il avait pu sortir en cachette et se mit à chercher Welpin. « Il n'est pas là, mon gars, » murmura une voix appartenant à quelqu'un qu'il connaissait depuis trois étapes. « Il s'est démené pour qu'ils le tuent, alors ils l'ont tué. » Le groupe se tenait en silence, sans bouger. « Il m'a remis ça avant sa mort, et m'a demandé que vous le donniez à un des membres de sa famille si jamais vous les rencontrez. » C'était un poignard incrusté de joyaux, une dague de cérémonie. « Je ne sais pas comment, mais Welpin avait réussi à le cacher. Bonne chance, mon gars. »

Kharon fit demi-tour et partit, déchiré par la solitude dont la douleur le blessa comme une plaie ouverte.

Au fil des mois, Kharon accomplit ses tâches en essayant d'oublier le passé, car désormais c'était sa vie. Phildop IV était satisfait de son nouveau domestique qui avait un talent particulier pour deviner ses humeurs et ses besoins. Le chef des pirates était un homme raisonnable, même s'il était bête, qui pensait qu'il devait se comporter comme le font les chefs de pirates. Il n'aimait pas ce qu'il faisait et devait généralement se dire que c'était son enfance malheureuse qui l'avait conduit à voler les autres, et qu'ils étaient aussi corrompus que lui et que ça n'avait pas d'importance. Au fur et à mesure qu'il faisait plus confiance à Kharon, Phildop IV se confiait à lui et l'emmenait dans les réunions pour prendre des notes à la main, car les circuits électroniques pouvaient trop facilement faire l'objet d'une écoute indiscrète. Après avoir conclu une affaire sur Altair, ils se promenaient le long d'une allée dans un complexe touristique, Kharon se trouvant obligatoirement à quatre pas derrière lui. Deux individus les affrontèrent, tous deux avaient l'air rébarbatifs mais bien habillés. « Hé, toi, la grosse baudruche bleue avec son jouet. »

Phildop IV détestait intensément tout manque de respect envers sa personne et se hérissa, Comment osez-vous insulter ? » Il était encore en train de réfléchir aux représailles éventuelles, quand ils frappèrent. L'un des hommes lui coinça la tête dans une étreinte du bras, l'autre brandit un méchant couteau en visant son gros ventre bleu. « Tire-toi, l'esclave, pendant que tu peux ! Nous allons buter ce gros lard comme il le mérite ! »

Kharon chercha de l'aide des yeux, mais l'endroit était désert. Personne ne voulait se mêler aux fréquentes échauffourées qui s'y produisaient. De nombreuses pensées lui traversèrent l'esprit. Qu'est-ce qu'il ferait si son maître mourait ? Peut-être qu'il l'aimait bien quand même ? Il essaye de s'imaginer comment ça serait, s'il était libre. Il pouvait entendre les pleurnichements pathétiques de Phildop IV. Kharon pensa à Welpin et à sa dague.

« Non ! Laissez-le tranquille ! » Cria-t-il, et il sauta sur l'homme qui tenait son maître et qui lui tournait le dos. Il plongea la lame ornée de bijoux dans sa nuque. Les yeux de l'homme s'écarquillèrent de surprise, puis il se raidit et s'écroula avec des tressaillements. L'autre se sentit soudain très seul et atterré, et détala en laissant Kharon et Phildop IV.

« Bravo, esclave ! Tu y es arrivé juste avant moi. J'étais en train de leur donner un faux sentiment de sécurité. » Comme il se sentait magnanime, il poursuivit en essayant de dialoguer avec un membre de la classe inférieure. « Quel est ton vrai nom ? »

« Kharon Malbron, monsieur. »

« Eh bien... Euh, Kharon, est-ce que tu avais appris ce petit truc pendant ta vie de criminel ? »

« Non, c'est comme ça qu'ils faisaient les sacrifices chez nous. »

« Ha ! » Dans son imagination, il conjura des images d'horreur et de dépravation. « Alors, quel méfait t'a amené à devenir esclave ? »

« Mon père n'avait pas respecté l'Observance, un jour, pour rester avec mon frère qui était mourant. »

Le visage de Phildop IV s'allongea, mais il se reprit en se convaincant lui-même que le criminel mentait.

« Comment puis-je te récompenser ? A par ta liberté ? » Demanda-t-il pour changer de sujet, car son instinct lui disait que c'était probablement la vérité.

« Pourriez-vous vous renseigner pour savoir si ma famille est encore en vie, et leur dire que je suis vivant ? »

C'était vraiment trop pour Phildop IV qui n'aimait pas que sa conscience soit trop remuée. « Je verrai, bon, retourne à ton travail ! » S'exclama-t-il tout agité, tout signe d'amitié maintenant envolé.

Une semaine plus tard, on apprit que la communauté avait été détruite par un tremblement de terre, il y avait un an de cela, et on supposait que tous les occupants étaient morts.

Kharon pensa qu'il ne pouvait pas supporter de douleurs plus intenses, et qu'après tout, Welpin avait peut-être eu raison. Phildop IV était resté plus distant dans ses rapports depuis le jour où il s'était rendu compte que Kharon était un garçon ordinaire qui avait été enlevé à ses parents. Il le grondait fréquemment et relevait des fautes insignifiantes, mais le récompensait généreusement et lui accordait certaines faveurs, comme une permission à terre, par exemple. Quelques améliorations furent apportées au quartier des esclaves et à leur nourriture. C'est ainsi que Phildop IV, chef autoritaire et célèbre, fit face à ce qu'il avait appris.

Une année s'écoula. Kharon était devenu l'un des premiers officiers à bord du bateau. Il ne résidait plus dans sa chambre austère. Sa vie était relativement facile maintenant. Il avait ses propres serviteurs qui s'occupaient des petits travaux, mais il n'était pas libre. Il pensait qu'il aurait dû être reconnaissant de la tournure des événements, et se demandait de ce qui était devenu de tous les esclaves qu'il avait jamais rencontrés. Mais la vie de Kharon semblait vide, sans direction. Il n'aimait guère travailler pour un homme potentiellement honorable, mais irrémédiablement faible et qui était obsédé par sa propre image. Il y avait combien de temps qu'il n'avait pas parlé à quelqu'un comme un ami, un égal ? Il ne pouvait plus s'en souvenir. S'échapper quand il était à terre n'était pas une solution, car il ne pouvait aller nulle part, et on le repérerait bien vite. Quand il décidait de mettre fin à ses jours, quelque chose arrêtait toujours Kharon. Il se tenait dans le sas étanche, la main sur le bouton, mais jusque là, il n'avait jamais appuyé dessus. La flamme de l'espoir qui lui brûlait le ventre semblait trouver un chemin pour ranimer une petite lueur de vie.

Phildop IV observait son esclave personnel qui était en train de vérifier s'il y avait de bonnes occasions sur le marché des stocks. La lueur reflétée par l'écran donnait un aspect blême à son visage renfrogné. Son maître qui essayait maintenant le rouge, s'approcha de lui et lui déclara, sur un ton badin : « On m'a fait une offre pour toi aujourd'hui. »

Kharon leva les yeux, surpris. « Vous voulez dire que vous avez mis une annonce ? »

« Non, si ce n'est que je raconte à tout le monde ici et là, que tu es une petite merveille. Je suppose que tu n'en as pas tellement envie, hein ? C'est pas que je te laisserai partir, de toutes façons. » Une expression terne recouvrit son visage et le coin de sa bouche tressaillit. « Mais ils m'avaient quand même offert un prix astronomique. »

« J'en aurais peut-être envie, » dit Kharon pour voir.

« Oh, je vois. » Tout d'un coup, Phildop IV se trouvait devant un dilemme. Aurait-il dû être en colère parce que l'ingrat jeune homme envisageait de le quitter ? Est-ce qu'il pourrait en trouver un autre aussi bien pour le remplacer ? L'argent, ha, toujours l'argent. « Bon ! Je m'occupe de la vente, alors. »

Kharon était abasourdi. Quelques instants plus tôt, il était désespéré mais bien protégé et maintenant il allait appartenir à un pirate inconnu, peut-être tyrannique. Il était écoeuré.

« Qui est-ce ? » demanda-t-il d'une voix faible.

« Oh, hum... » Phildop IV se plongea dans le document, « ... Alista Marlbron. »