Accident Vasculaire Cérébral
Ce que les Anges ont de commun avec les Elfes

Du mauvais côté de la loi
(David Massey)

Du mauvais côté de la loi Le Capitaine Jupiter sorti de son champ de sommeil et atterrit lestement sur le pont de sa cabine de luxe. Quelque chose n'allait pas. Il pouvait sentir les vibrations irrégulières des moteurs sur tout le pont du navire. Il revêtit rapidement une combinaison de bord, nettoyée et lavée par le navire pendant qu'il dormait et sentant encore légèrement le citron. L'odeur douce ne fit rien pour améliorer son humeur.

Il prit, en courant, le couloir étroit qui menait au poste de pilotage, regardant constamment autour de lui pour vérifier les signes révélateurs d'une dépressurisation imminente. Cela n'arrivait pas souvent, mais ce dernier vol avait été poursuivi par la malchance. Ce serait le comble si le vaisseau tombait en morceaux en plein espace. Les frais de récupération pour l'Association d'Astrogators étaient insurmontables et il avait laissé son adhésion expirer la dernière fois qu'il avait changé de nom.

Il vérifia les interfaces de contrôle tout en courant. Pour ses yeux d'expérience la série de lumières clignotantes donnait une indication rapide de l'état de l'engin. Pour le moment aucun des passagers n'avait réagi au changement des moteurs. Ils n'avaient probablement rien remarqué. Ce dernier groupe ne semblait pas être très habitué à voyager dans l'espace. Ils avaient tous eu besoin d'une double dose de quittoline pour supporter l'hyperespace. C'était étrange qu'il ne souffre jamais du syndrome de l'hyperespace. Peut-être était-il simplement né sous une bonne étoile.

Le Capitaine Jupiter atteint le poste de pilotage et débloqua la porte. Avec la facilité de l'habitude, il se glissa dans le siège de silastoplastone puis se pencha pour caresser les commandes.

« Qu'est-ce qui ne va pas Iolanthe ? » demanda-t-il au vaisseau.

« Quelque chose a foiré le dernier saut, Cap'taine. » La voix du vaisseau avait un ton humoristique mélodieux qui donnait l'impression que sa réponse n'était pas sérieuse. Pour une raison mauvaise, ses circuits émotifs avaient été emmêlés à la fabrication. L'ordinateur semblait toujours être gai en annonçant de mauvaises nouvelles et triste quand tout allait bien. Le Capitaine Jupiter avait toujours eu l'intention de le faire réparer mais il avait appris à aimer le vaisseau comme il était et donc il hésitait à changer les choses. En ce moment l'ordinateur semblait complètement heureux. En effet, les choses étaient peut-être très graves.

« Alors quelle est notre situation, puces-de-cerveau ? » Le Capitaine Jupiter adopta un ton plaisanteur pour cacher ses craintes. Cela ne tromperait pas l'ordinateur, mais il se sentirait mieux.

« Voilà la situation, mouillé-et-détrempé, nos bobines à hyper propulsion principales ont explosé et nous sommes tombés en dehors de l'hyperespace ! Le système atmosphérique a subi quelques dégâts et nous perdons du combustible d'un de mes réservoirs. » L'ordinateur semblait positivement délirant en annonçant les nouvelles.

« Max disait toujours après la pluie le beau temps, alors quelle est la bonne nouvelle dans tout ça ? »

« Eh bien, la cuisine a subi des dégâts aussi, donc votre machine à café est un tas de débris. Vous n'aurez plus à supporter cette horrible boisson. »

Le dernier commentaire fit sourire le Capitaine Jupiter. C'est Max qui lui avait donné l'habitude de boire ce mauvais breuvage marin. Aucun doute qu'il pourrissait ses intestins, mais il avivait ses nerfs. Il avait depuis longtemps l'intention d'arrêter. Maintenant, il avait peut-être une chance réelle de le faire.

« Et les cigares, cerveau-de-métal ? »

« J'aimerais bien pouvoir dire qu'ils sont aussi détruits, Cap'taine. Ils ont complètement chamboulé la climatisation, mais malheureusement ils sont toujours intacts. »

« Eh bien, donne m'en un alors. Je ne peux pas me concentrer sans un cigare si je ne peux pas boire une tasse de café. » Jupiter s'assit dans le siège familier, regardant autour de lui l'état usé et minable des commandes. Il admira le dé en peluche pendu sur l'un des écrans de vision, souvenir de Quince. Il fronça les sourcils à la mémoire de cet évènement, puis sourit.

Il y eut un petit sifflement d'air quand une petite fente de livraison s'ouvrit et un cigare épais Tilialan en sortit. Il le ramassa, le roula près de ses oreilles et respira l'arôme fin des feuilles parfaitement conservées. Il s'alluma avec la première bouffée d'air inspirée, autre indication que l'Humidor du vaisseau fonctionnait encore à cent pour cent. Les choses pourraient être pires, mais maintenant il avait envie d'une tasse de café.

« OK, Iolanthe, qu'as-tu trouvé ? »

« J'ai retrouvé notre système, patron. Nous sommes ressortis au système d'étoile van Maanen, un peu plus loin que normalement, mais nous devrions pouvoir arriver dans un des mondes intérieurs si nous faisons attention. »

« Tu fais ça pour me déprimer, n'est-ce pas, ordinateur ? Dis-moi où nous sommes vraiment - n'importe où sauf van Maanen. Je n'ai pas besoin de ça. »

« J'ai bien peur que non, Cap'taine, c'est Major ou rien. Et avant que vous ne me posiez la question, non je ne peux pas réparer ces bobines d'hyperespace avec l'équipement du bord. Vous devez atterrir et aller à un chantier naval, et ce ne sera pas bon marché. » Iolanthe avait ce ton jovial dans la voix qui signalait que les problèmes ne faisaient probablement que commencer. Le Capitaine Jupiter pensa prendre un autre cigare, réalisant qu'il venait juste d'écraser le premier en se balançant de frustration. A la place il se pencha en avant et appuya sur le bouton pour lui donner une communication avec tout le vaisseau. C'était le moment de dire aux passagers ce qui se passait.

« Écoutez attentivement ! Écoutez attentivement ! Ceci est une urgence ! Je répète, ceci est une urgence. » Le message retentit des haut-parleurs dans chacune des coquilles des passagers. Le rapporteur d'Iolanthe lui montrait que tous les passagers étaient maintenant réveillés. Il présuma qu'ils écoutaient tous et essaya de transmettre de la confiance alors qu'il faisait un rapport sur l'état du vaisseau.

« Nous avons eu un petit accident. » Alors ça, c'est un euphémisme, pensa-t-il en lui-même comme il essayait d'annoncer la nouvelle. « Nous avons subi une PIH, c'est une Précipitation commise par Inadvertance d'Hyperespace, pour ceux d'entre vous qui ne sont pas familiers avec les voyages spatiaux. Elles n'arrivent pas souvent, mais je ne vous cacherai pas que c'est sérieux.

« Heureusement nous avons été jetés dans un système habité, donc c'est une consolation. Malheureusement, nous somme maintenant à l'étoile van Maanen et la seule habitation est une petite planète rocheuse appelée Major. Pour ceux d'entre vous qui ne la connaissent pas, elle est dirigée par une secte religieuse, les Gardiens de l'Esprit Libre et ils ne sont pas rigolos. Je vous recommande, lorsque nous atteindrons enfin la planète, d'essayer de rester dans le vaisseau. Il n'y a pas grand-chose à voir de toute façon, puisque la plupart de la colonie est en sous-sol.

« Une autre bonne nouvelle : Ils n'autorisent pas le commerce animal, donc notre cargaison ne peut pas aller sur le marché. » Sur cette dernière information, il éteignit les circuits, laissant les passagers crier entre eux sur ce qui venait de se passer. Il n'avait aucun doute qu'il y aurait beaucoup d'indignation justifiée dirigée contre lui pendant l'heure suivant. Laissons les dépenser un peu d'énergie en se criant les uns sur les autres avant de commencer sur lui.

Le Capitaine Jupiter se renfonça dans le siège de pilote. Il avait programmé le pilote automatique pour Major et maintenant le vaisseau pouvait pratiquement voler tout seul jusqu'à l'orbite. Il laissa courir son imagination, cherchant comment faire sortir quelque chose de bon de cette situation difficile. Il ne semblait pas y avoir beaucoup d'espoir de faire un profit dans ce voyage. Avec un peu de chance il rentrerait peut-être dans ses frais.

La situation n'était pas rendue plus facile par sa cargaison actuelle. Il emmenait un groupe de chasseurs du monde de la jungle de Biggs Colony dans Altaïr à Taylor Colony dans Tau Ceti, ou du moins tel était le plan. Tout avait commencé sans à-coups - pas de problèmes avec la chasse - puis le premier saut d'Altaïr à Fornalhaut comme sur des roulettes, 12,6 années lumières sans une secousse. Il avait commencé à nourrir des doutes sur l'état de ses moteurs depuis les réparations à prix réduits à Harristown sur Miller dans le système Quzece. Il avait prévu de donner aux moteurs une révision complète à l'arrivée sur la colonie Taylor, mais maintenant c'était trop tard.

Les PIH étaient rares, comme il l'avait dit aux passagers. Dans un certain sens il avait eu de la chance, puisqu'ils étaient sortis quelque part près des habitations humaines. Une bonne proportion de PIH doit arriver dans l'espace profond, bien au-delà de l'espoir d'un contact. Il y avait de nombreuses disparitions inexpliquées dans l'espace et les pirates ne pouvaient pas être responsables de toutes. La presse populaire mettait les autres sur le compte d'étranges créatures non-identifiées et malfaisantes. Le Capitaine Jupiter avait tendance à penser que l'hyperespace était plus dangereux que beaucoup ne le pensaient. Il s'inquiétait plus pour le problème immédiat de payer pour les réparations que des forces étrangères mystérieuses.

Son vrai problème était que son compte bulletin ne couvrirait probablement pas les coûts des réparations de ses moteurs et de son vaisseau. Il aurait besoin de vendre un peu de sa cargaison et tout ce qu'il avait à bord était un groupe de chasseurs et leurs gibiers. Les animaux auraient atteint un bon prix à Haynes Landing sur la colonie Taylor pour un des zoos du superviseur. Mais les autorités religieuses au port d'étoiles de Goldstein interdisaient le commerce des animaux et des peaux. Il avait des contacts avec le marché noir sur le système van Maanen, mais il ne les avait pas contactés depuis longtemps.

C'était ironique qu'un désastre frappe ce voyage en particulier. C'était tellement comme son premier goût de liberté, quand Max l'avait emmené pour sa première chasse. Le Capitaine Jupiter repensa aux bons vieux temps. Il venait juste d'être vendu. Un nouvel esclave avec rien d'autre qu'un esprit rapide et des bras costaux. La chasse avait eu lieu dans la jungle de Biggs Colony, un endroit effrayant et inconnu de végétation dense et d'air que vous pouviez mâcher aussi facilement que respirer. Il était presque mort là-bas, sauf que Max avait réussi à le sauver.

Cette même nuit, il s'était juré de devenir un aussi bon chasseur que son maître. Depuis ce temps, un véritable lien d'amitié s'était créé entre eux. Il avait vite appris que Max n'était pas le grand chasseur qu'il se disait être, passant d'une personnalité à une autre à chaque fois qu'une nouvelle commission le demandait. Il découvrit que Max n'était pas le vrai nom de son maître, mais que les noms pouvaient être changés aussi facilement que les vêtements et que souvent le bon nom aidait plus que toute une pile de références.

Il avait abandonné son premier dès qu'il fut inscrit comme un homme libre. Tenant sa parole, Max l'avait laissé partir dès que sa chasse et ses autres talents lui avaient rapporté cinq fois son prix d'achat. Helmut était mort avec les documents d'esclave et il s'était senti extrêmement soulagé assis près de Max dans un bar du port spatial jonglant négligemment avec de nouvelles identités en buvant une bouteille de Fujiyama Old Gold. Il s'était souvent demandé pourquoi Max l'avait choisi au milieu de la foule là-bas sur le rocher Mackenzie, quand Phildop IV avait tenu sa vente aux enchères.

Il était resté avec Max deux ans de plus, comme partenaire avant de reprendre l'affaire quand le vieil homme avait pris sa retraite à Honda dans le système perdu d'Alkaid. Puis il avait acheté le vaisseau et s'était installé à son compte. Ses années passées à travailler avec Max lui avaient donné un nombre de talents et de contacts qu'il avait pu utiliser à bon escient.

Mais la roue avait tourné récemment et une série de mauvais jugements l'avait réduit à piloter un groupe de chasseurs de deuxième ordre autour de certains mondes intéressants. Les jungles d'Altaïr furent le dernier arrêt culminant d'un voyage de chasse de gros gibier. Ceci avait été la dernière étape et maintenant il était revenu au point de départ. Pire que le point de départ, il devait trouver l'argent pour ses réparations ou ils seraient coincés dans ce trou perdu pour dieu sait combien de temps. Il ne pouvait qu'espérer que son vieux contact sur Major était toujours là et qu'il opérait encore.

« Iolanthe, j'ai besoin d'un petit remontant. Fais-moi un sandwich veux-tu ? »

« Voulez-vous seulement un sandwich, ou avez-vous aussi besoin de pilules avec ? »

« Un sandwich fera l'affaire. Pendant que tu le décongèles, donne-moi toutes les infos du système sur le port d'étoile Goldstein, OK. » Le Capitaine Jupiter et Iolanthe gardaient l'illusion que la nourriture servie était gardée dans un congélateur et que le vaisseau décongelait des paquets comme et quand il le voulait. C'était bien moins désagréable que d'imaginer le processus par lequel la nourriture était recyclée et reconstituée dans les profondeurs de la machine.

Le sandwich arriva en temps voulu, livré par une fente différente de celle du cigare. Il prit le paquet tiède du comptoir, puis en croqua un morceau. Avec une grimace il cracha la nourriture sur le tableau de bord de commandes.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » brailla-t-il, toute la fureur et la colère de son sort concentrées sur le goût dégoûtant dans sa bouche.

« Bacon et tomate, bien-sûr - votre préféré. » Iolanthe semblait étonné.

« Je crois que tu devrais encore vérifier les dégâts internes, cerveau-de-silicone. C'est horrible, indescriptible - une bouillie marinée de racines de grana n'aurait pas été pire. C'est un goût que je n'oublierai jamais. Donne-moi une bière forte, j'ai besoin de quelque chose pour me rincer la bouche. » Jupiter cracha les derniers fragments de sa bouche sur le sol de sa cabine. Les mécanoïdes de ménage nettoieraient lorsqu'il ferait sa prochaine pause. « Il vaut mieux que tu me donnes aussi ces pilules, jusqu'à ce que tu trouves ce qui ne va pas avec la cuisine. »

La perte de la cuisine ne fit que rendre le voyage de quatre jours vers Majors plus intolérable. Les passagers étaient agités et devinrent de plus en plus impatients et en colère comme ils approchaient de la planète. Iolanthe découvrit que la cuisine ne pouvait fabriquer que des repas pour les animaux de la cale et le plus agréable au goût sentait comme des choux pourris et étaient servis sous la forme d'une bouillie liquide. Le seul autre choix était de l'alcool, qui était disponible dans d'innombrables variétés synthétisées. Donc lorsque les passagers arrivèrent au port de l'étoile Goldstein, ils étaient à la fois très critiques et complètement ivres.

Le Capitaine Jupiter s'attendait à être autorisé à atterrir avec le minimum de discussion. Son vaisseau était petit, son inventaire était complètement à jour et l'arrivée accidentelle dans le système entièrement enregistrée dans la mémoire du vaisseau. Il avait adopté une configuration standard, laissant l'approche finale et l'arrimage au pilote automatique - pas la peine de prendre des risques. Il s'était réinstallé dans l'ancien silastoplastone et l'avait laissé absorber les tensions éphémères et les poussées de l'approche finale. Soudain, l'écran de communication brilla d'un bleu féroce, puis vert et surimposés sur le fond tourbillonnant apparurent deux visages en colère.

« Vous avez approché cette colonie sans autorisation ni permis. L'autorisation d'atterrir peut être refusée selon le tribunal de l'Église. Vous transportez des animaux illégaux dans vos cales. Méfiez-vous des punitions imposées sur le commerce d'animaux ou de leurs produis dans ce monde. L'Ancien de l'Église jugera la question. Le tribunal siège actuellement ! » L'officiel des douanes en uniforme aboya son discours avec moins d'émotions qu'une calculatrice de poche. Son visage passa d'un côté et la deuxième personne apparut en net. La femme avait une apparence dure et impardonnable, accentuée par le vêtement simple et grossier qu'elle portait.

« Donnez vous raisons pour avoir profané cette colonie, étranger. Nous ne tolérons pas les visites inconsidérées et ceci n'est pas une station touristique. Nous devons travailler dur pour expier les péchés de l'humanité, nous n'avons pas le temps pour les distractions frivoles. »

Le Capitaine Jupiter ne s'était pas préparé à la brusquerie de l'approche et prit une seconde pour se recueillir.

« Euh... Je... C'est-à-dire... Excusez-moi, madame. »

« Votre éminence, » l'interrompit la femme. « Le terme correct est « votre éminence ». »

« Euh, merci votre éminence. Mais ceci n'est pas un voyage touristique. Nous venons sur votre planète en détresse. Mon cargo n'a pas l'intention de profaner vos colonistes. Mon ordinateur de bord peut prouver que ces animaux sont en transit vers Tau Ceti. »

« Nous sommes loin de Tau Ceti, jeune homme. » Le ton de la femme était glacial et on ne pouvait pas se tromper sur son hostilité. De la façon avec laquelle elle le regardait à travers l'écran, il semblait qu'elle s'attendait, à tout moment, à le voir pousser des cornes et une queue.

« Non, vous ne comprenez pas. » Le Capitaine Jupiter se demanda brièvement si c'était la façon de parler à une figure d'autorité dans la théocratie locale, mais continua quand même. « Ce que je voulais dire c'est que nous devions aller à Tau Ceti - vos ordinateurs d'atterrissage et les recherches de vos ordinateurs sur l'itinéraire de ce vaisseau pourront le vérifier. Nous avons eu une catastrophe lors de notre dernier saut qui nous a précipités de l'hyperespace dans ce système. Ne me demandez pas comment. »

Les mots semblèrent avoir peu d'effet sur la femme. Elle continuait à le fixer sombrement. Ses yeux se tournèrent d'un petit coup vers la gauche, probablement vers un affichage de données hors de vue de Jupiter, puis revinrent pour le fixer. « Mon gardien m'assure que ce que vous dîtes ressemble à la vérité. Vous devez vous réaligner et sauter hors du système du Chosen immédiatement. Nous n'éprouvons ni le besoin ni le désir d'entrer en contact avec vous. Permission d'atterrir refusée. » La femme s'avança vers l'écran pour terminer la transmission.

« Non ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Attendez ! Nos moteurs sont brûlés. Nous ne pouvons pas sauter hors du système. » Jupiter eut une vision soudaine de lui-même, ses passagers et son cargo restant en orbite indéfiniment parce que cette misérable femme ne voulait pas les laisser atterrir. C'était vital qu'ils atterrissent sur un port d'étoile au sol. La station orbitale n'était pas une option dans ses plans.

Son agitation était évidente et la révélation concernant ses moteurs fut suffisante pour arrêter la femme. « Est-ce que ce rapport est vrai ? » demanda-t-elle au gardien des douanes.

« L'ordinateur du vaisseau s'accorde avec ce que dit l'homme, votre éminence. Il n'a pas de bobines de propulsion et il a pas mal de dégâts dans le système interne. L'ordinateur de bord a détourné de la puissance d'urgence pour se maintenir dans un état opérationnel, mais il est aussi abîmé. »

Jupiter jeta un regard accusateur au haut-parleur central installé sur sa console. C'était là qu'il associait Iolanthe avec le monde des « vivants ». Le haut-parleur donna un éclat de statique, peut-être l'équivalent d'une toux embarrassée pour l'ordinateur. « Je te parlerai plus tard, silicone-baby », murmura-t-il dans sa barbe, certain que l'ordinateur l'entendrait.

« Très bien, jeune homme, vous pouvez arrimer pour utiliser l'équipement de réparation de Goldstein. Restez sur votre vaisseau. Dirigez toutes vos affaires à partir des chaînes de communication indirectes. Vous ne devez polluer aucun Esprit Libre avec vos ambitions non-travailleuses. Comprenez-vous bien ? Atterrissez immédiatement après cette conversation. » Avec ce message final la femme se tourna et sortit de la portée de communication. L'image officielle remplit une fois de plus l'écran.

« Vous transportez des animaux illégaux dans vos cales. Méfiez-vous des punitions imposées sur le commerce d'animaux ou de leurs produits dans ce monde. » L'officiel répéta son discours d'une qualité sans émotion. Le Capitaine Jupiter se demanda si les colonistes avaient importé des robots de la Fédération, mais rejeta l'idée. Les robots de la Fédération montraient certainement des émotions lorsqu'ils parlaient. « Atterrisses sous le contrôle de l'ordinateur et contactez immédiatement le chantier naval pour demander les réparations. »

L'écran clignota puis passa au vert avant de devenir gris monotone indiquant que la liaison avait été coupée. Jupiter soupira longuement et s'affaissa dans son siège. Cela avait été dangereux. Il devrait penser à changer de métier à l'avenir. D'une main exercée il commença la séquence d'atterrissage et autorisa l'équipement au sol à piloter le vaisseau.

Le vaisseau commença ses manoeuvres de roulement et de rotations normales qui accompagnaient toujours un atterrissage dirigé par ordinateur. D'une façon ou d'une autre, aucun ordinateur pilote automatique ne réussissait à contrôler un vaisseau avec la même délicatesse qu'un pilote de première classe. Le Capitaine Jupiter grinça des dents, prêt à affronter des accélérations non annoncées et imprévues qui l'amèneraient se poser à la surface.

Les soufflements des moteurs arrivèrent soudainement, le prenant par surprise même s'il y était préparé. Il se demanda comment les passagers prenaient la chose. La durée du bruit des moteurs et la direction de la poussée étaient étranges aussi. L'ordinateur semblait l'emmener dans une descente presque verticale. C'était normal de glisser sur les pistes des planètes à atmosphère, car le vaisseau consommait bien moins de combustible et c'était bien moins traumatisant pour les gens du pays.

Comme la descente rapide continuait, le Capitaine Jupiter eut soudain un mauvais pressentiment.

« Iolanthe, » appela-t-il, comme une autre poussée apparemment irrégulière des moteurs fit grincer ses dents. « Quelle est l'épaisseur de l'atmosphère sur ce monde ? »

Il eut une pause avant la réponse de l'ordinateur.

« Vous savez, Capitaine, je ne peux pas me souvenir. » Iolanthe semblait extatique. Le Capitaine Jupiter fronça les sourcils. Les dégâts sur l'ordinateur devaient être sérieux pour qu'il perde une partie du système de l'encyclopédie de renseignements. Il espérait qu'il n'avait rien oublié d'autre concernant la planète. Il essaya de se souvenir de ses propres visites à la colonie, mais il n'avait pas non plus été autorisé en dehors du vaisseau. Cela pourrait être très dur.

Le Capitaine Jupiter resta attentif au roulement de tonnerre qui accompagnait normalement une descente à travers l'atmosphère. Il fut pris au dépourvu quand le bruit des moteurs s'éleva soudain dans un cri perçant, puis s'arrêta net. Le vaisseau se calma pendant un instant puis tout le bruit des moteurs se tut. Ils avaient atterri ! Une série de fracas métalliques bruyants traversa le vaisseau alors que les crampons agrippaient le navire, et le Capitaine Jupiter ressentit un serrement de c'ur alors que le vaisseau s'enfonçait dans la planète sur un ascenseur de port spatial standard.

Le serrement au coeur n'était pas seulement physique. Il avait eu besoin d'un port spatial atmosphérique pour son plan d'urgence. Maintenant il y avait un nouvel élément d'incertitude. Ceci avait été jusqu'à présent une terrible mission. Il espérait que ça n'allait pas empirer.

Quand le Iolanthe eut atterri, le chantier naval en avait été informé et vociférait aux chaînes de communication d'accéder à l'ordinateur et aux fichiers du vaisseau. Le Capitaine Jupiter chargea Iolanthe de s'occuper de la ré-installation de son mieux, s'assurant que son propre ordinateur était la première chose réparée. L'ordinateur savait mieux que personne ses limites financières et lui ferait signe s'il y avait un problème avec l'équipement. En attendant, il ferait des recherches discrètes au cas où il aurait besoin de plus d'argent.

Il fit une recherche rapide sur le marché des valeurs, mais cela confirma seulement ce qu'il craignait. Le commerce de presque toutes les marchandises normales, comprenant les marchandises de luxe, les alcools et les médicaments était aussi illégal que celui d'animaux ou de peaux. Cela rendait sa cargaison et les capacités de son vaisseau complètement inutiles sur ce morceau de rocher. Il allait devoir essayer encore une fois le marché noir ?

Avant cela, il avait fait une fois un voyage dans ce monde, quand il travaillait encore pour Max. Ils avaient amené des médicaments bien nécessaires pour éliminer une peste qui se propageait à travers la colonie. Les médicaments et les drogues de toutes sortes étaient interdites à la population de cette planète, mais les quelques personnes qui n'étaient pas sous la domination des Gardiens de l'Esprit Libre avaient organisé une voie vers les mondes extérieurs. Les indépendants étaient peu nombreux, mais Jupiter espérait qu'au moins certains d'entre eux seraient encore là.

Il tapa une commande sur le tableau d'affichage et fut immédiatement en ligne avec le réseau de communication de la planète. Trois quarts des chaînes étaient dévoués à la doctrine de propagande dirigée par l'état, mais avec quelques codes pas orthodoxes et probablement illégaux, il réussit à trouver la portion du tableau qu'il voulait. Il y avait quelques annonces de « biens achetés et vendus », mais celui qu'il espérait trouver n'était pas là.

La dernière fois qu'ils étaient venus, leur transaction avait été conduite par George Hanburry, un nom parmi les autres sur le tableau, mais l'homme avait été un contact pour le marché noir. Son nom n'apparaissait pas sur la liste présentée. Il s'était peut-être arrêté de faire du commerce temporairement, pour éviter l'attention de la police locale, ou peut-être avait-il eu des démêlés avec la justice et avait-il été arrêté. Jupiter ne savait pas trop quoi faire.

Atterrir dans un nouveau système posait toujours des problèmes, surtout si vos marchandises principales de commerce ne pouvaient pas être échangée sur les chaînes normales du marché des valeurs. Si vous visitez un endroit régulièrement cela devient facile de repérer les vrais trafiquants, puisqu'ils apparaissent assez fréquemment sur les tableaux. Le problème venait des pièges de police qui apparaissaient sous la forme d'un marchand légitime.

Le seul moyen de savoir si un individu était avec la police était de l'utiliser, mais cela signifiait être pris une fois sur trois et les amendes pour vendre sur le marché noir étaient souvent considérables. Soudoyer les officiers de police marchait quelquefois, mais pas toujours et Jupiter pensa que Major était un monde où il était peu probable de trouver de nombreux policiers malhonnêtes. S'il venait souvent sur la planète cela ne serait pas un problème. La police n'utilisait jamais deux fois le même nom sur les tableaux. Une fois qu'un faux marchand avait été exposé à une arrestation, le reste de la communauté de bulletin se passait le mot et il était démasqué. Malheureusement, si vous ne venez qu'une fois dans le port, il n'y a aucun moyen de savoir qui est qui.

Le Capitaine espérait simplement que son compte était suffisamment en crédit pour payer les réparations, mais il était prêt au pire quand Iolanthe brisa le silence et lui annonça les nouvelles.

« Vous avez suffisamment de crédit immédiat pour faire réparer les bobines, pour me faire rafistoler et fixer le trou dans un des réservoirs d'hydrogène. Ce sont toutes les choses dont vous aurez besoin pour l'hyperespace, mais je ne pense pas que l'équipe ici sera capable de faire du bon travail. Vous ne pouvez pas vous permettre de faire réviser les autres équipements endommagés et vous n'aurez plus aucun fond à votre prochain arrêt. Si cela se sait que vous êtes fauchés, les marchands vous soutireront le maximum. »

Jupiter considéra l'information pendant quelques minutes. C'était à quelque chose près ce qu'il s'attendait à entendre. Il allait devoir essayer de contacter quelqu'un sur le marché noir.

« On dirait que je vais devoir tenter ma chance, ma vieille, » murmura-t-il à l'ordinateur. « Occupe toi de faire remplir les réservoirs de combustible. Donne moi un bip quand nous atteindrons maximum capacité. »

« Ce n'est pas nécessaire patron. Je me suis assuré que le plein était la première chose à l'ordre du jour. J'ai également fait réparer les bobines du mieux possible sur votre crédit. Nous sommes dans la meilleure condition permise par votre compte en banque. »

Le Capitaine Jupiter grogna en reconnaissance. Il aurait dû se douter que l'ordinateur ferait faire les boulots importants sans le consulter. Ce n'était pas la peine de retarder plus. Une seule chose restait à faire avant de voir s'il pouvait joindre les profiteurs du marché noir, mais cela éviterait beaucoup de problèmes si on en venait au pire. Il ouvrit la chaîne de communication avec les quartiers passagers.

« Attention ! Attention ! » Il utilisa son ton le plus autoritaire pour faire passer l'importance de son message. « Il va y avoir un test de lancement des moteurs dans dix minutes. Je répète, dix minutes avant le test de lancement. Tous les passagers, retournez dans vos cabines et attachez-vous. Ceci est un exercice d'urgence. Ceci est un exercice. Retournez dans vos cabines et attachez-vous. » Il éteignit le communicateur interne. S'il n'avait pas à utiliser les moteurs, il pourrait toujours dire que c'était un test de routine test, mais il ne voulait pas à avoir à s'inquiéter pour des bras ou des jambes cassées si les choses devenaient un peu périlleuses.

Il fit passer ses contrôles aux chaînes de communications extérieures.

« Donne moi le Tableau Bulletin, Iolanthe. Voyons avec qui nous avons affaire. »

Avec un léger vacillement de l'écran passa au logo d'interface standard. Il regarda la liste et fit la prière rituelle des marchands pour un bon choix de trafiquants. « Am, stram, gram... » Il appuya sur le second nom de la liste offrant « des marchandises achetées et vendues ». Le nom était Seymour Aleson. Il semblait aussi bon qu'un autre.

Il y eut une petite introduction musicale et un jet de structures de couleurs, le genre de fanfare qui n'était plus à la mode dans les mondes centraux depuis une dizaine d'années. Puis l'écran se dégagea pour montrer les marchandises d'Aleson. Presque tout ce qui était illégal sur Major était offert. Le Capitaine Jupiter joua avec l'idée de s'acheter quelques trucs mais se retint - il y aurait tout le temps pour ça plus tard s'il réussissait à vendre sa cargaison. Il examina attentivement la liste et sélectionna les peaux d'animaux. Croisant mentalement les doigts, il appuya sur la touche d'envoi.

Instantanément l'écran clignota en rouge et jaune et le visage joyeux de Seymour Aleson fut remplacé par un officier de police au regard fixant. « Je suis le gardien Diclenm de - » Jupiter appuya sur la touche d'annulation pour éteindre le reste du message et frappa la touche d'émission du système.

« Ici le navire marchand Iolanthe se préparant pour la mise à feu. Ouvrez le dôme ou je l'ouvrirai pour vous ! Vous avez trente secondes avant que mes moteurs principaux soient lancés. Commençant la séquence de lancement MAINTENANT ! »

La transpiration perlait sur son front et il dût essuyer ses paumes contre le siège pour les sécher alors qu'il se préparait pour le décollage d'urgence. Iolanthe avait immédiatement répondu en coupant la chaîne de communication avec le piège de la police. Il y avait un roulement montant alors que l'ordinateur donnait de l'hydrogène aux moteurs principaux et qu'ils se chauffaient pour atteindre la température opérationnelle. S'il pouvait faire le lancement à froid en seulement trente secondes, Jupiter serait aussi surpris que l'équipage de la tour de contrôle, mais il était totalement sérieux concernant le lancement par le dôme s'il n'était pas ouvert pour les laisser passer. Avec une indifférence étudiée, il ignorait les lumières clignotantes frantiques montrant qu'il y avait un message venant du port d'étoile.

Il était content d'avoir prévenu les passagers de s'attacher ; S'ils atteignaient le sommet, le décollage serait dur et il lui faudrait peut-être faire toutes sortes de manoeuvres évasives pour quitter le système. Il aurait des explications à donner quand ils se rendraient compte à quel point l'exercice d'urgence avait été minutieux, mais il ne pensait pas qu'ils auraient aimé, plus que lui, rester sur Major en tant qu'invités des Gardiens.

Un sentiment de soulagement coula dans con corps comme il entendit les sons assourdis de l'activité à l'extérieur du vaisseau et il sentit une petite secousse alors que le système d'allocation d'atterrissage du port spatial se mit en marche. Le Iolanthe fut rapidement chargé dans l'ascenseur de surface et une accélération féroce le prit alors qu'ils étaient propulsés à la surface. La réponse d'urgence d'un port d'étoile souterrain devait être capable de se débarrasser de vaisseaux dangereux - par exemple, si le moteur d'un vaisseau menaçait de devenir critique - mais il était rare pour quiconque de menacer une combustion du moteur principal sur un port d'étoile. Le Capitaine Jupiter jouait sur la peur des Gardiens. Il espérait juste qu'ils étaient aussi effrayés que lui.

La petite fente à côté de son coude s'ouvrit et un cigare en sortit. Il l'attrapa et le fuma désespérément, respirant profondément la fumée piquante. C'était les petites attentions qui faisaient de Iolanthe un bon vaisseau, murmura-t-il. « Merci ma vieille, » dit-il, puis s'étouffa presque sur son cigare alors qu'un grognement guttural profond annonçait l'allumage du moteur principal et un poids énorme s'abattit sur sa poitrine alors qu'ils s'élevaient.

« Prends tous les mouvements évasifs nécessaires, » réussit-il à bredouiller alors que le vaisseau accélérait dans l'espace. Il n'y eut pas d'impact lorsqu'ils s'élevèrent, donc Jupiter assuma que les autorités avaient ouvert le dôme à temps. La raison principale pour laquelle il avait tenu à atterrir sur la planète plutôt que sur le comptoir en orbite, était que les autorités du port dans l'espace pouvaient cramponner un vaisseau sur place, l'empêchant exactement de faire le genre d'échappée désespérée qu'il venait juste de faire, alors que les services sur les planètes s'en donnaient rarement la peine. C'était quelque chose d'utile à savoir pour celui qui risque d'avoir des démêlés avec la police locale.

Le seul problème était de s'éloigner suffisamment pour faire un saut. Jupiter espérait que la police du système interne était seulement aussi efficace que les forces de la planète.

« Quelqu'un dans les environs Iolanthe ? » demanda-t-il.

« Rien dans la portée de communication patron - il semble qu'on s'en soit sorti encore une fois. » Iolanthe semblait morose et déçu. Le Capitaine Jupiter commença à se sentir mieux. Avec une telle réaction renfrognée de la part de l'ordinateur, leurs chances de s'en sortir devaient être élevées.

« Bien, alors prépare nous pour un saut dégagé, trouve nous une bonne cible et sortons d'ici. Quand tu as un moment, prépare moi quelque chose à manger, veux-tu ? » La tension du Capitaine se relâcha et il sentit qu'un petit encas - peut-être même une tasse de café - ferait des miracles pour lui rendre sa bonne humeur.

« Comment voulez-vous votre bouillie, Capitaine ? Parfum de racine-de-grana ou cerise-de-pigni ? Je n'ai pas eu le temps de faire réparer la cuisine ou de faire remplir le garde-manger. J'ai bien peur que ce soit alimentation animal ou pilules de nourriture jusqu'au prochain arrêt. Mais estimez-vous heureux. Au moins il n'y a pas de café dégoûtant pour vous pourrir les intestins. »